« Get Back », le crépuscule créatif des Beatles

Couverture du livre « The Beatles : Get Back ».

Ils se sont quittés il y a plus d’un demi-siècle, deux d’entre eux ne sont plus de ce monde (John Lennon, assassiné en 1980, George Harrison, mort en 2001), mais ils n’auront jamais cessé de faire parler d’eux. La séparation des Beatles occupe l’actualité avec la parution concomitante d’un coffret consacré à l’album Let It Be (le dernier publié par le quatuor de Liverpool, en mai 1970) et par un beau livre, Get Back, verbatim puisé à partir de deux centaines d’heures de conversations issues des séances d’enregistrement. Deux zakouskis, en attendant la diffusion sur Disney+, le 25 novembre, d’une mini-série de six heures réalisée par Peter Jackson à partir des images (57 heures de pellicule) filmées par Michael Lindsay-Hogg en janvier 1969.

Paul McCartney et Ringo Starr souhaitent écrire la fin de cette histoire sur une note plus joyeuse que celle qu’avait laissée Let It Be, le documentaire de Lindsay-Hogg sorti en salles en même temps que l’album. Images, son et écrit : le dispositif d’Anthology, l’histoire officielle du groupe livrée à partir de 1995, est reconduit à l’identique et ne manquera pas de faire ressurgir l’énigme à la Cluedo qui divise les fans. Qui a tué les Beatles ? La vox populi a longtemps désigné Yoko Ono, veuve de Lennon, comme coupable, non sans misogynie – une femme s’incrustant dans un groupe de rock… Ce que McCartney avait prédit dès 1969 en s’adressant ainsi à Lennon : « Ça va paraître d’un comique incroyable, dans cinquante ans, tu imagines : ils se sont séparés parce que Yoko s’est assise sur un ampli ! »

Si les photos du livre – signées par Linda McCartney, femme de Paul, et Ethan A. Russell – attestent que Yoko Ono était effectivement omniprésente, le bassiste a néanmoins lavé l’artiste japonaise de tout soupçon dans un entretien pour BBC Radio 4 qui sera diffusé le 23 octobre. C’est Lennon qui est à « l’origine de la rupture » pour avoir demandé un « divorce » lors d’une réunion du groupe. Ces propos de McCartney ont été présentés comme une révélation stupéfiante alors que le premier à avoir reconnu les faits est Lennon lui-même, dès décembre 1970, dans un entretien au magazine Rolling Stone

Phil Spector réhabilité

Le luxueux coffret phonographique célébrant Let It Be réhabilite un autre mal-aimé, le producteur américain Phil Spector (mort le 16 janvier en prison), purgé en 2003 avec la parution de Let It Be… Naked, une version de l’album débarrassée des cordes, cuivres et chœurs que l’inventeur du wall of sound (« mur de son ») avait ajoutés. Son travail fort décrié a cette fois été préservé, même le crime de lèse-majesté commis sur The Long and Winding Road. Un nouveau mixage a été réalisé par Giles Martin, fils de George – le producteur des Beatles –, qui fait gagner en clarté (pas vraiment la marque de Spector) et profite à la belle partie de piano de McCartney sur le For You Blue d’Harrison.

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