Grand âge : de grandes disparités d’aides financières selon les départements

Jeannine, 95 ans, habite Paris. Jean, 88 ans, vit à Goussainville (Val-d’Oise). Leur pension de retraite est identique. Tous deux font appel à la même entreprise privée qui facture 26 euros l’heure d’aide à domicile en semaine. Jeannine débourse 279 euros pour soixante-dix heures par mois. Jean dépense 127 euros pour soixante-six heures. Soit 152 euros de moins que Jeannine. Une différence qui s’explique par l’écart entre l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) à Paris (19,67 euros) et dans le Val-d’Oise (21,90 euros). Les deux départements ne proposent pas la même couverture financière pour compenser le reste à charge facturé par l’entreprise. En revanche, Jeannine n’aurait qu’à sortir 40 euros de sa poche pour soixante-dix heures en faisant appel à un service d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD) signataire d’une convention avec la ville de Paris. L’APA versée serait abondée à 22,70 euros et le SAAD ne pratique pas de reste à charge.

Les règles de prise en charge de la dépendance sont un maquis illisible et n’obéissent à aucun critère objectif de qualité pour les usagers. Le montant horaire de l’APA, dit « de référence », est ainsi de 16 euros en Corrèze, de 17,80 euros dans l’Orne, de 24,30 euros en Haute-Marne, selon la carte des tarifs de 2021 réalisée par la Fédération des services à la personne et de proximité. La plupart des départements signent des accords avec les seuls SAAD associatifs qui permettent à leurs usagers de ne pas payer de ticket modérateur trop élevé.

Une sous-consommation des heures

L’autre iniquité concerne le volume d’heures prises en charge par l’APA. Il appartient à chaque département d’évaluer l’autonomie de la personne qui demande l’APA pour déterminer l’enveloppe financière et le nombre d’heures qui lui sera alloué dans le cadre d’un plan d’aide.

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Dans les Alpes-Maritimes, « il n’est pas rare que les plans d’aide soient plus importants dans l’arrière-pays que sur le littoral », observe Marion Montarello, directrice générale de l’ADMR (un réseau associatif de services à la personne) des Alpes-Maritimes. Habitante de Blausasc, Suzanne (le nom a été modifié), 79 ans, s’est vu attribuer soixante-cinq heures d’intervention. René (son prénom a été modifié), 79 ans, habite à Menton. Il a eu droit à quarante-trois heures. Or Suzanne et René ont le même degré de perte d’autonomie.

Paradoxe, en juin 2020, une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) indiquait qu’un bénéficiaire de l’APA sur deux n’utilise pas l’intégralité des heures d’aide à domicile notifiées par les départements. Les retraités modestes « sous-consomment davantage que les plus pauvres ou les plus riches » en partie pour ne pas avoir à s’acquitter du ticket modérateur ou du reste à charge, indique l’étude.

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