Grande distribution : « Carrefour fait le pari que le virage numérique pourrait rebattre les cartes en nécessitant de lourds investissements »

En prévision des fêtes de fin d’année, le premier distributeur américain, Walmart, a annoncé l’embauche de 150 000 personnes aux Etats-Unis avant la fin 2021. Certains emplois seront temporaires, mais beaucoup permanents. Les employés viendront en grande partie travailler dans les entrepôts et pour les livraisons en ligne. Un chiffre vertigineux qui traduit la réussite du déploiement de Walmart dans le commerce électronique. Son homologue français Carrefour n’en est pas encore là. S’il investit régulièrement sur Internet, son obsession depuis quelque temps est de grossir.

Ou, plus exactement, de faire le ménage sur un marché français trop concurrentiel à son goût et à celui des analystes, qui massacrent ce secteur en Bourse. Emietté entre cinq ou six acteurs nationaux et nombre de joueurs régionaux, il est régulièrement ravagé par des guerres des prix qui dévorent les marges et mangent les capacités d’investissement. Celles-ci seraient pourtant bienvenues pour faire face aux deux évolutions majeures du métier de la distribution : l’explosion de l’épicerie sur Internet et la préoccupation écologique qui privilégie le bio et la proximité.

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Carrefour essaye donc toutes les combinaisons possibles. Après une tentative sur Casino en 2018, un détour par le Québec, avec la tentative de fusion avec Couche-Tard début 2021, il lui reste à tenter l’idylle avec Auchan, le navire amiral de la famille Mulliez encalminé dans le gigantisme de ses hypermarchés. Mais toutes ces considérations évitent soigneusement de considérer une spécificité bien française qui explique bien davantage la détresse des hyperépiciers que le spectre d’Amazon.

Les petits plus rentables

A côté de ces géants en déshérence, prospèrent des acteurs qui n’ont pas besoin d’échafauder d’ambitieux plans de conquête pour exister. Les Leclerc, Intermarché ou Système U, qui peuplent les campagnes françaises, vendent plus et gagnent plus. Selon une enquête menée par le lobby des industries de la grande consommation, l’ILEC, la marge opérationnelle (rapportée à l’actif d’exploitation) de ces distributeurs dits « indépendants » s’établit chaque année autour de 12 %, contre moins de 3 % pour Casino, Carrefour ou Auchan.

Ce qui procure un bon carburant pour mettre le feu aux prix. Outre le format de leurs magasins, plus petits et rentables que les hypers, la maîtrise de leurs coûts est déterminante. Elle provient de l’organisation décentralisée de ces structures, qui rassemblent des entrepreneurs locaux autour d’une marque et d’une centrale d’achat commune, combinant la flexibilité de la PME à la puissance de négociation d’un grand groupe.

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