Grève chez Orange : un appel national peu suivi

Un homme passe devant une boutique de l’opérateur Orange. Le géant des télécoms fait face à une grève convoquée par quatre syndicats sur la question des salaires et des recrutements.

Salaires, recrutements, investissements : syndicats et direction d’Orange s’opposent sur plusieurs points avant la grève, mardi 21 septembre – une mobilisation dont les organisateurs espéraient pouvoir se servir pour créer un « rapport de force ». CFDT F3C, CGT FAPT, FO Com et SUD-PTT : ils étaient quatre à la mi-juillet à ne pas avoir signé l’accord issu des négociations annuelles obligatoires (NAO) sur les salaires.

Deux mois plus tard, les quatre mêmes syndicats représentatifs de l’opérateur appelaient ensemble à la grève, toujours pour « sauvegarder le pouvoir d’achat » et avec l’ambition de créer « le rapport de force nécessaire ». En juillet, après l’octroi par la direction d’un « budget global de 1,8 % des salaires dédié aux augmentations salariales pour l’année 2021 », le quatuor avait déjà déploré « une revalorisation inférieure à celle du smic ».

Mais l’appel à la grève a été peu suivi par les salariés. Selon la CGT FAPT, troisième syndicat de l’opérateur, « sur l’ensemble du territoire, des rassemblements ont eu lieu sur les sites d’unités comme à Rennes avec plus de 100 salariés présents, 40 à Carquefou, 35 à la Roche-sur-Yon, 80 à Lannion, à Montpellier, à Metz… » Devant le siège d’Orange à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), une bonne centaine de personnes s’étaient réunies dans la matinée (et « plus de 250 » sur l’ensemble de la journée, selon la CGT). Le groupe n’a pas communiqué de chiffres sur l’ampleur de la mobilisation au niveau national.

Alors qu’Orange espère réaliser 1 milliard d’euros d’économies d’ici à 2023, d’autres revendications sont avancées à l’occasion de la grève : « Des recrutements pérennes », « L’arrêt de tous les projets de restructuration » ou encore « Un investissement massif dans de réelles politiques sur l’emploi, les salaires, la R & D et le développement et maintien des réseaux ». « De façon générale, la plate-forme revendicative de l’intersyndicale est assez large », reconnaît Elisa Mistral, la déléguée syndicale centrale (DSC) de la CFDT, 2e syndicat chez Orange.

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Pas de front uni syndical

Seule la CFE-CGC, premier syndicat de l’opérateur et signataire de l’accord consécutif aux NAO, ne s’est pas associée à l’appel. « Une communication sur la grève, ça ne se fait pas sur des choses irréalistes », dénonce Sébastien Crozier. Le président de la CFE-CGC Orange, dont les préoccupations convergent avec celles d’autres syndicats sur certains points, se dit perplexe quant aux demandes « excessives » des autres organisations en matière salariale.

Même sans la CFE-CGC, la CGT FAPT (3e) anticipe une mobilisation importante. Elle annonce des rassemblements dans « toutes les directions opérationnelles » d’Orange, notamment à Lyon, Marseille, Toulouse, Nantes, Bordeaux ou Strasbourg. « Il peut y avoir des poches de crispation », admet-on du côté de la direction d’Orange, qui attend de voir « le résultat de la grève » pour juger de leur ampleur.

En amont de la mobilisation, Orange a lancé la semaine dernière une opération d’actionnariat salarié portant sur environ 1 % du capital du groupe et réservée à ses quelque 140 000 employés. Blâmée par ailleurs pour la réduction des effectifs, la direction met en avant la « période de transition des effectifs et des compétences » dans laquelle Orange est engagé. Certes, « on ne va pas faire recroître les effectifs globaux » mais des recrutements sont prévus « dans le cloud, le cyber, la data et l’intelligence artificielle », se défend l’opérateur.

La direction d’Orange critiquée

La mobilisation de mardi survient dans un contexte où ses organisateurs déplorent l’appauvrissement des échanges avec la direction. « On a réussi à avoir une unité parce qu’on est tous d’accord que le dialogue social se dégrade », fait valoir Samira Gouja, déléguée syndicale centrale de la CGT Orange.

« On peut dire tout ce qu’on veut : quand ils arrivent avec une idée, ils ne tiennent pas compte de nos demandes », affirme-t-elle. Face à ce constat, les syndicats ont demandé l’ouverture de discussions en vue d’un « accord de méthode sur les négociations ». Une première réunion consacrée à ce thème est programmée à la fin de septembre. « On est conscients qu’on a besoin d’un certain nombre de changements, mais c’est la façon de faire » que déplore Jean-Marc Lis, le délégué syndical central de FO-Com (4e syndicat).

« On avait un PDG très à l’écoute et depuis plusieurs mois il l’est un peu moins », juge-t-il à quelques mois de la fin du mandat de Stéphane Richard, fixée à la mi-2022. Face à ces reproches, la direction assure percevoir les discussions autour d’un accord de méthode comme « une occasion de raviver certains accords » de dialogue social.

Le Monde avec AFP