« Grey’s Anatomy », « Hippocrate », « Urgences »… à la télé, l’hôpital en réalité augmentée et accélérée

Par

Publié aujourd’hui à 16h00, mis à jour à 19h39

On voulait du sang, de l’action, des sirènes et des brancards. Goûter au frisson des Urgences, comme à la télé. A défaut d’un vol pour Chicago – où l’on aurait pu revivre au moins un épisode des quinze saisons de la série culte de Michael Crichton – nous voici dans un TGV pour Lille, en quête de blouses blanches en VF. Autant l’avouer : la fiction n’a pas la même saveur que la réalité. Les portes de l’hôpital étant fermées en raison du Covid-19, on se retrouve au pôle recherche de la faculté de médecine Henri-Warembourg, face à un plateau-repas, à discuter avec des futurs médecins d’un calme olympien.

Les étudiants de notre casting ont pourtant spécifiquement choisi de devenir soit urgentistes comme le docteur Greene d’Urgences (15 saisons, 332 épisodes), soit internistes comme le loufoque et boiteux docteur House (huit saisons, 177 épisodes). « Quand on arrive la première fois à l’hôpital, et que nos seules représentations sont celles des séries, il y a forcément de la déception. On a envie de voir les trucs les plus graves et les plus rares, admet Aurélien Chepy, 31 ans, qui a validé huit semestres sur dix de son internat lillois en médecine interne. En vrai, c’est plus plan-plan ! »

Bien sûr, il ne suffit pas d’être un fan de Meredith Grey – l’héroïne de Grey’s Anatomy, passée en 17 saisons de toute jeune interne à chirurgienne chevronnée – pour faire pareil choix de vie. Et si tel était le cas, ce ne serait « pas conscient », et « difficilement avouable » assurent certains. La vocation vient de plus loin, de plus profond. N’empêche : d’après nombre de jeunes interrogés, les séries ont souvent conforté ou confirmé une intuition déjà présente.

« Est-ce la graine qui a fait germer le reste ? Je ne sais pas, mais ça ne m’a pas empêché d’y aller ! », lance Vincent Koether, interne en médecine interne. « Ça m’a surtout aidé à patienter, souffle pour sa part Coline Zahra, future urgentiste de 23 ans. Faire une trachéotomie dans un ascenseur, ça me faisait rêver ! » D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, elle a « toujours voulu faire les urgences » : enfant, elle prescrivait du Doliprane à ses peluches, assises devant sa chambre comme dans une salle d’attente.

Un cadre « moins flamboyant »

« On idéalise quand on est jeune : ils étaient tous trop forts ces médecins sauveurs en blanc… ça a participé de mon choix », assume Jeanne Betton, en cinquième année à la faculté de Tours. Idem pour sa collègue de stage Marion Pizzorno, ex-accro à Grey’s Anatomy : « Je regardais avec des étoiles plein les yeux, je voulais devenir chirurgienne ! » Alors forcément, une fois dans les hôpitaux parisiens, elle a trouvé le cadre « moins flamboyant » : « Dans les séries, tout a l’air super propre comme dans un cabinet de dentiste. Ils ont aussi des tas de nouvelles technologies alors qu’en vrai, c’est plutôt vieillot ! »

Il vous reste 72.64% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.