« Guerre froide, la partie de poker », sur Histoire TV : le grand jeu d’intimidations réciproques

Nikita Khrouchtchev,  premier secrétaire du Parti communiste de l’Union soviétique et Walter Ulbricht, président du Conseil d’Etat de la RDA, le 28 juin 1963 à l’aéroport de Berlin Est.

HISTOIRE TV – MERCREDI 11 AOÛT À 20 H 50 – DOCUMENTAIRE

Il y a soixante ans, dans la nuit du 12 au 13 août 1961, Berlin se réveillait coupée en deux par des rangées de barbelés qui allaient bientôt faire place à un long mur en béton. La République démocratique allemande (RDA), fondée en 1949, décidait, avec l’aval du « grand frère » soviétique, de couper Berlin-Ouest du reste du monde. Comme le rappelle ce documentaire allemand en deux parties, la construction du mur de Berlin ne marque pas le début de la guerre froide. Dès 1945, sur le territoire allemand occupé qu’ils viennent de libérer, Soviétiques et alliés anglo-franco-américains se regardent en chiens de faïence.

Parmi les témoignages recueillis par Matthias Schmidt et Kai Christiansen, ceux de citoyens allemands âgés d’une dizaine d’années en 1945 rappellent comment furent vécues ces années d’occupation par les enfants. Des archives filmées inédites tournées dans la ville de Halle, libérée par les Américains puis occupée par l’Armée rouge, permettent également de se faire une idée de l’atmosphère régnant en Allemagne à cette période.

Dès le 5 mars 1946 à Fulton (Missouri), Winston Churchill (1874-1965), lors d’un discours entré dans l’histoire, dresse le constat : « De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique, un rideau de fer s’est abattu sur le continent… » Avec ce rideau de fer, la guerre froide a trouvé son décor.

Destruction mutuelle assurée

Pendant qu’à Moscou, les futurs cadres de la RDA apprennent le métier dans des écoles « antifascistes », les Américains déversent des sommes d’argent gigantesques à travers le programme de rétablissement européen, le célèbre plan Marshall. Jusqu’à la fin de cette guerre froide, les Américains auraient effectué plus de mille essais atomiques et les Soviétiques près de sept cents. L’Europe aurait-elle pu être atomisée ? La doctrine militaire en vogue des deux côtés dans les années 1950 et 1960 est claire : celle de la destruction mutuelle assurée.

Au-delà des images habituelles (patrouilles le long du Mur, Kennedy à Berlin-Ouest, en 1963), beaucoup d’archives peu connues donnent de la force au récit : des manifestations en province est-allemande, l’entraînement des soldats de la nouvelle armée ouest-allemande par des instructeurs américains ou le face-à-face faussement décontracté de Nixon et Kroutchev à l’exposition américaine de Moscou en 1959.

Sans oublier cette gigantesque parade de la jeunesse tenue à Berlin-Est en 1964. A la tribune, on entend le dirigeant communiste Walter Ulbricht (1893-1973) rêver à un futur radieux : « Aujourd’hui, plus de la moitié des pays d’Europe ont un gouvernement socialiste ou communiste. C’est sûr qu’en l’an 2000, l’ère de domination des capitalistes de l’armement, des propriétaires, des militaires, sera révolue en Allemagne de l’Ouest. »

Guerre froide, la partie de poker, documentaire de Matthias Schmidt et Kai Christiansen (All., 2019, 2 × 50 min).