Hachette en passe d’être avalé par Editis

L’histoire pourrait se réécrire à l’envers. Alors qu’Hachette a racheté Vivendi Universal Publishing (VUP) en 2004, l’inverse est en passe de se produire. Vivendi devrait, au terme du rachat – annoncé mercredi 15 septembre – des parts d’Amber Capital dans Lagardère et de l’offre publique d’achat (OPA) lancée ensuite sur le groupe, contrôler Hachette Livre et toutes ses filiales au niveau international.

Ce scénario était redouté depuis des mois par les salariés du leader français, également numéro trois mondial de l’édition. Ni les représentants syndicaux ni la direction des deux groupes n’ont voulu commenter cette information. « C’est un cauchemar intégral », assure une observatrice, qui prévoit, avec ce rachat par la maison mère d’Editis (le numéro deux français du secteur), « un démantèlement assuré ».

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Une telle hypothèse est évoquée en creux dans la communication de Vivendi, qui rappelle l’obligation d’obtenir « l ’autorisation (…) de la Commission européenne» pour lancer cette OPA. Or, les autorités européennes de la concurrence seront concernées au premier chef puisque « la part de marché conjuguée en France d’Hachette et d’Editis atteint 71 % dans le parascolaire, 63 % dans les dictionnaires ou 54 % dans le livre de poche », rappelle l’économiste de la culture, Françoise Benhamou. Sans compter le tourisme, où les deux groupes cumulent une part de marché de 50 % ainsi que le scolaire, pour lequel chacun des deux détient une part de marché de l’ordre de 30 % à 40 %.

Déjà quand Lagardère, épaulé par la société d’investissement Wendel, avait mis la main sur VUP, l’acquéreur avait dû vendre des pans entiers pour passer sous la toise européenne de la concurrence et n’avait, in fine, gardé que 40 % des actifs de sa cible (Larousse, Anaya, Dalloz, Dunod, Armand Colin, Chambers et Harrap’s). Pour satisfaire Bruxelles, Vivendi devra remodeler sensiblement son portefeuille dans l’édition. Hachette, Hatier, Dunod, éditions Didier ou Larousse pourraient être concernées. A moins que des maisons d’Editis comme Nathan, Le Robert ou Bordas ne soient visées. Voire aussi une partie des filiales de distribution puisque chaque groupe possède la sienne.

Inquiétudes des auteurs

Les rumeurs autour de l’avenir d’Hachette et de son passage sous la coupe de Vivendi avaient pris une nouvelle consistance depuis l’éviction fracassante d’Arnaud Nourry, en avril 2020. Un départ que l’ex-PDG d’Hachette prévoyait depuis qu’il s’était opposé à Arnaud Lagardère, allié à Vivendi. « Un rapprochement avec Editis n’a aucun sens stratégique », avait alors déclaré M. Nourry, ajoutant : « Toute idée de démantèlement est à éviter. »

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