Harkis : « En demandant pardon, le chef de l’Etat réconcilie la République avec les harkis et leurs enfants »

Tribune. Audace et courage. Voici les mots que nous évoque la demande de pardon du président de la République faite aux Harkis et à leurs familles, le lundi 20 septembre. Si cette déclaration justifiée a été unanimement saluée par la classe politique française, des soupçons d’électoralisme jettent le doute sur la légitimité de ce « pardon » historique. Nous nous insurgeons contre cette vision. Aurait-il fallu continuer à nier la souffrance de cette communauté encore et encore, au prétexte que nous sommes à sept mois des élections ?

Non, nous avons assez attendu. Les derniers harkis et leurs femmes, très âgés, sont en train de disparaître. Il était urgent qu’ils et elles entendent ces mots. Tous deux nés derrière les barbelés du camp de Bias (Lot-et-Garonne), nous voulons rappeler que cette déclaration historique ne surgit pas de nulle part. C’est une victoire arrachée de haute lutte par les harkis et leurs enfants. Une victoire qui brise près de soixante ans de déni, d’humiliations et de mépris.

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Aux racines du mal : l’abandon, les camps, la prison et le déni. Pourtant, dès le lendemain des accords d’Evian, les lanceurs d’alerte n’ont pas manqué. En Algérie, dès le 27 juillet 1962, le sous-préfet d’Akbou (wilaya de Béjaïa), Jean-Marie Robert, alerte l’Elysée sur l’ampleur des massacres de harkis. En vain. Le Prix Nobel d’économie Maurice Allais, l’historien Pierre Vidal-Naquet ou l’écrivain Jean Lacouture condamnent, eux aussi, l’abandon des harkis.

Le long combat des harkis et de leurs enfants

A propos des camps, en 1987, deux universitaires, François-Jérôme Finas et Marwan Abi -Samra, rédigent un des premiers travaux de sociologie sur le drame des harkis (Regroupement et dispersion. Relégation, réseaux et territoires des Français musulmans, université Lyon-2). Le texte, remis à la Caisse nationale d’allocations familiales, alerte les autorités. Les chercheurs mettent en évidence « une organisation totalitaire, qui a mobilisé des ressources multiples (dans les domaines juridique et économique) et qui a lourdement conditionné l’existence et le devenir des Français musulmans. De 1962 à 1975, les harkis sont pris en otage à l’intérieur d’un microcosme totalitaire (…), une véritable machine de guerre permanente qui travaille à désorganiser les groupes et les relations, à bannir et à enfermer, à utiliser des individualités isolées d’un tissu communautaire. En même temps que le discours officiel les confirme dans le statut de Français à part entière, le traitement et le destin qui leur est réservé font paraître un autre statut, celui de Français entièrement à part, assignés à des espaces hors-la-loi, où règnent le non-droit, voire le contre-droit ».

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