Haute couture : Dior et Chanel ont ouvert le bal

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Publié aujourd’hui à 16h07

Dans le petit milieu de la haute couture, le monde d’après ressemble étrangement au monde d’avant. Le ballet des berlines noires déposant les invités à l’entrée des défilés a repris, les rédactrices de mode américaines sont de retour dans la capitale française, Anna Wintour en tête, et les flashs des photographes traquant les plus belles silhouettes crépitent à nouveau.

Comme si les seize derniers mois n’étaient qu’un lointain souvenir ? Pas tout à fait. Les invités sont tous masqués, et leur nombre a grandement diminué. Chez Dior, on comptait 270 invités contre plus du double en temps normal. La maison, emmenée par la créatrice italienne Maria Grazia Chiuri, présentait lundi 5 juillet sa collection haute couture automne-hiver 2021-2022 dans les jardins du Musée Rodin, comme à son habitude.

Dior.

Mettant régulièrement en lumière des artistes femmes, la créatrice s’est associée cette saison à Eva Jospin, artiste plasticienne française, pour imaginer le décor. Baptisé « Une chambre à soie », ce dernier se déploie sur les murs, sous forme de broderies représentant des paysages imaginaires. « Lors de notre première rencontre, Maria Grazia a mentionné le Palais Colonna, à Rome, un lieu que j’aime énormément. Il y a là-bas la salle des broderies dites à l’indienne, cela nous a donné l’impulsion. J’avais envie d’interpréter mes dessins à travers des broderies murales à une grande échelle depuis longtemps », explique cette dernière. Les broderies ont été réalisées à la main par les élèves de la Chanakya School of Craft, à Bombay (Inde).

Comme en réponse à ce majestueux décor, la collection s’articule autour du fil. « Cet élément est très important dans toutes les cultures du monde. Le livre Threads of Life de Clare Hunter, m’a beaucoup inspiré. Il rappelle à quel point l’art de coudre est lié à l’identité, la politique ou l’artisanat », détaille Maria Grazia Chiuri.

Dior.

Sur le podium, le fil se donne à voir à travers des tresses de tweed apposées sur des vestes et des jupes, des capes et des manteaux en tweed bouclé, de longues jupes brodées de plumes, des lainages chinés à effet flouté ou bien des robes grand soir en plissé chevron lamé ou marine. Le tailleur Bar est redessiné en déplaçant les emmanchures tandis que des techniques de passementerie s’invitent sur du velours noir pour un effet en trois dimensions. La créatrice délivre à travers cette riche collection un exercice de style maîtrisé sur les possibilités infinies du textile.

La maison Chanel a, quant à elle, présenté sa collection haute couture automne-hiver 2021-2022 au sein du Palais Galliera, le mardi 6 juillet, devant 240 invités. Le musée accueille jusqu’au 18 juillet une exposition dédiée au travail de Gabrielle Chanel. Cette saison, la peinture est au centre de la collection. « C’est en revoyant les portraits de Gabrielle Chanel costumée, en robe noire ou blanche 1880, que j’ai immédiatement pensé à des tableaux. A ceux de Berthe Morisot, de Marie Laurencin et d’Edouard Manet », détaille la directrice artistique Virginie Viard dans sa note d’intention.

Chanel.

Ensembles veste et jupe en tweed pailleté multicolore, jupons vaporeux piqués de camélias, longues jupes sur lesquelles se nichent des plumes d’organza rose ou violet, courts manteaux structurés et finement brodés, longue robe en satin blanc ponctuée de nœuds noirs, chapeaux ornés de fleurs… Chaque silhouette donne l’impression d’une toile impressionniste.

Avec ce premier défilé en public depuis mars 2020, la maison renoue avec les conditions du direct. « Virginie était très inspirée à l’idée de pouvoir venir au Palais Galliera. Nous sommes un peu limités en nombre d’invités, mais c’est le charme de la haute couture. Une vidéo accompagne cette collection, c’est une manière pour nous d’échanger avec nos clients et nos amis restés à l’étranger. Cette crise sanitaire nous a appris à innover. Je pense que nous avons fait plus en un an qu’en cinq ou dix ans », estime Bruno Pavlovsky, président des activités mode de Chanel. A la fin du défilé, l’actrice Margaret Qualley dans une robe de mariée blanche et magistrale, rehaussée d’un petit chapeau élégant, a jeté son bouquet de fleurs dans le public, bien réel cette fois-ci.

Chanel.
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