« Helmut Newton et Paul Verhoeven tranchent avec une musique dominante dans la culture aujourd’hui »

Mettons dans le même sac le photographe Helmut Newton et le cinéaste Paul Verhoeven. Le premier est mort, le second bien vivant. Tous deux, on le verra, sont projetés dans l’actualité. Ils se rejoignent surtout pour porter haut l’incorrection dans leur œuvre. Ils transgressent, vont à rebours des conventions, heurtent nos certitudes, brouillent la frontière entre les gens bien et les salauds. Ils ont ce profil rare de rouler à contresens.

Newton et Verhoeven tranchent avec une musique dominante dans la culture aujourd’hui : l’art doit coller au climat sociétal en vogue afin de ne pas rater le wagon de la modernité. Il ne faut heurter personne, surtout pas les minorités, établir des quotas informels, compter les femmes sur la scène ou les Noirs dans les musées – l’élue écologiste à la Ville de Paris, Alice Coffin, veut attribuer les subventions en fonction du nombre de femmes dans les spectacles –, balayer les hiérarchies, censurer un artiste si l’homme n’est pas pur, inciter les créateurs à se rendre à confesse pour mauvaise pensée.

Bons sentiments

Des créateurs creusent ce sillon quand d’autres relisent les œuvres du passé à l’aune des standards d’aujourd’hui. Ainsi le Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence propose, jusqu’au 16 juillet, une relecture féministe des Noces de Figaro, de Mozart, où l’on découvre un maître de maison « libidineux et égrillard, proie idéale de #metoo », écrit notre consœur Marie-Aude Roux (Le Monde du 1er juillet).

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Les musées et les centres d’art contemporains sont les champions, aux Etats-Unis surtout, en France moins, d’un progressisme tutoyant un nouvel académisme, qui leur permet de montrer qu’ils sont dans le coup et de faire oublier leur flirt appuyé avec le monde, pas toujours clair, des entreprises et de la finance mondialisées.

Dans un paysage de bons sentiments, il faut avoir les reins solides, être célèbre (ou mort), accepter l’ignorance, s’attendre à des turbulences, pour explorer une autre voie. On en sort rarement indemne.

Un film documentaire sort au cinéma, mercredi 14 juillet, au titre bien nommé, Helmut Newton : l’effronté, de Gero von Boehm. Celui-ci, né en 1920 et mort en 2004, grand photographe de mode et plus que cela, fut la bête noire des féministes, qui l’accusaient de réduire les femmes à leur charge sexuelle. Plus il était attaqué, plus il en rajoutait dans la provocation, confiant en 1979 dans la revue Egoïste : « Il y a une catégorie de femmes qui m’agace au plus haut point, la race des femmes dites libérées et pseudo-militantes. » Il adorait jouer les indéfendables.

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