Henri Mitterand, spécialiste mondial de l’œuvre d’Emile Zola, est mort

Henri Mitterand, en juillet 2016, à Paris.

Spécialiste mondialement reconnu d’Emile Zola, qu’il édita, commenta et défendit en héraut infatigable, Henri Mitterand est mort le 8 octobre, à Paris, à l’âge de 93 ans.

Rien ne le destinait à une carrière universitaire d’une ampleur exceptionnelle. Né en Bourgogne, à Vault-de-Lugny (Yonne), près d’Avallon, le 7 août 1928, Henri Mitterand est le petit-fils d’un sabotier morvandiau. Son père, Joseph, est cheminot, sa mère, Hélène, couturière. Il fréquente le collège d’Avallon, puis le lycée de Dijon, avant de rêver d’un avenir impensable. Le lycée Henri-IV, puis l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm où il étudie les lettres et prépare l’agrégation de grammaire, qu’il obtient en 1951.

S’il a consacré son mémoire de maîtrise à « La langue populaire dans Le Feu de Barbusse » – dont une synthèse de six pages, proposée lors du colloque tenu au Sénat à l’occasion du centenaire de l’écrivain, sera publiée dans la revue Europe en 1974 –, le jeune agrégé opte bientôt pour la philologie et la linguistique. Rien qui ne mène à Zola, sinon que son maître, le grammairien et lexicographe Robert-Léon Wagner (1905-1982), qui règne sur la Sorbonne comme sur l’Ecole pratique des hautes études, l’incite à se pencher sur Les Rougon-Macquart et à contacter le fils du romancier, le docteur Jacques Emile-Zola (1891-1963).

Il accède ainsi à une prodigieuse documentation (correspondance, manuscrits inédits, archives privées, photos et journaux), qui décide de sa vie de chercheur. Entré à l’adolescence chez Zola comme dans une encyclopédie où découvrir le monde, ses fractures comme ses espoirs, Mitterand le lit désormais comme un grand technicien du récit, que structuralistes, sémioticiens, stylisticiens ou psychanalystes se doivent d’interroger.

« Dé-lire Zola »

Cela passera par l’édition du cycle des Rougon-Macquart dans « La Pléiade » (cinq volumes dont la parution s’échelonne entre 1960 et 1967), qui lui échoit quand Armand Lanoux, chargé du chantier, annonce en 1959 qu’il ne pourra guère qu’en livrer la préface. Suivra la responsabilité de l’Album Zola (Gallimard, 1963), puis la monumentale biographie de l’écrivain en trois volumes et quelque 3 000 pages (Fayard, 1999-2001), ainsi que le captivant Autodictionnaire Zola (Omnibus, 2012), voyage lexical au bout de l’autoportrait. Henri Mitterand dévoile les obsessions et les angoisses, les aspirations et les valeurs qui alimentent la pensée et l’action d’un créateur souvent prisonnier d’une vision simpliste, le délivrant de sa réduction « naturaliste ». « Il faut dé-lire Zola, prônait-il, le lire autrement, en faisant la part du rêve. »

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