« Histoire de l’opéra français », sous la direction d’Hervé Lacombe : la vie lyrique en France, contours nouveaux

Le compositeur Jean-Baptiste Lully (1639-1687), gravure de Geille, XIXe siècle.

« Histoire de l’opéra français. Du Roi-Soleil à la Révolution », sous la direction d’Hervé Lacombe, Fayard, 1 272 p., 39 €, numérique 38 €.

Un continent aux contours méconnus émerge, grâce à la vaste entreprise dirigée par Hervé Lacombe, musicologue de l’université Rennes-II, consacrée à l’histoire de l’opéra en France. Elle paraît dans le désordre, de sorte que le premier tome, Du Roi-Soleil à la Révolution, est publié cette année, après celui qui couvre le XIXe siècle (Du Consulat aux débuts de la IIIe République, Fayard, 2020) et en attendant le dernier volume, qui traitera la période moderne et contemporaine, quand l’opéra devient, au début du XXe siècle, un repoussoir pour les avant-gardes, avant de renaître de ses cendres.

Bien sûr, pas question de retomber dans la quête d’un « génie musical » typiquement français. Le grand intérêt de cette entreprise, qui rassemble près de 200 spécialistes, tient au contraire à ce qu’elle propose un décentrement du ­regard sur le passé de l’art lyrique. Il amène, entre autres, à remettre en question la notion figée de « répertoire » – celui-ci, en réalité constitué au XXe siècle, tourne autour d’une dizaine d’opéras inlassablement montés sur les scènes du monde, et seul Carmen y trouve sa place entre les allemands et les italiens.

Plus que des analyses d’œuvres et de compositeurs, cette Histoire de l’opéra français reconstitue en effet la chronologie de la vie lyrique non comme une épopée de la création mais en intégrant tous ses acteurs, y compris les publics et les interprètes, auxquels sont consacrés de nombreux encadrés. Se pencher sur la réception et moins sur les partitions permet de donner à la vie lyrique des contours nouveaux. Le « romantisme » et Berlioz deviennent marginaux, et l’on voit que des oubliés tels Auber, Massenet ou Meyerbeer remplissaient les salles, bien plus que Bizet.

Pour Hervé Lacombe, le XIXe siècle représente le « moment » par excellence de l’opéra français, la période au cours de laquelle, écrivait-il dans le tome paru l’an dernier, celui-ci « infiltre directement, par ses représentations, ou indirectement, par ses dérivés, une grande diversité de couches sociales ». De l’étendue de cette diffusion, on trouve une illustration dans A la recherche du temps perdu, où les personnages fredonnent « Rachel, quand du Seigneur », air célèbre de La Juive, de Fromenthal Halévy (1835).

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