Horlogerie : la recherche d’une nouvelle épure

L’horlogerie est faite de détails. On peut même dire qu’elle n’est que ça. Puisque le répertoire des formes et des couleurs est fini, parce que les géants du secteur ont établi leur spécificité et que leur design est reconnaissable, il faut se distinguer par les petites choses. Or, depuis quelques années, pour mieux se différencier, les montres ont accumulé les éléments de design. Marquages sur le cadran, multiplication des sous-cadrans, emphatiques index qui ponctuent les heures, aiguilles extraverties, il fallait cela pour émerger. Et l’esthétique du moins, du presque rien, ne survivait qu’à la marge.

Les Geneva Watch Days 2021 ont été l’occasion de mettre en lumière cet art… de la retenue. Comme la collection Tonda PF de Parmigiani, qui fixe un cap clair : la marque est celle de l’épure chic, d’une sophistication qui ne se voit que de près. Elle se destine à ceux qui savent faire la différence entre ostentation et substance. A ceux qui ne veulent pas posséder six montres ni faire étalage de leurs moyens, qu’il faut pourtant considérables puisque la marque opère sur le terrain de la haute horlogerie.

Parmigiani Tonda PF Micro-Rotor.

Le résultat principal est la Tonda PF Micro-Rotor, une montre ultra-fine à la simplicité trompeuse. Son cadran gris sombre et chaud a l’air lisse ; il est en fait guilloché. Cette gravure à motif, ici celui dit grain d’orge, est d’une finesse telle qu’on ne la distingue qu’en approchant la montre de l’œil. La lunette est en platine, pour une plus forte brillance, tandis que le reste de la montre, jusqu’à son bracelet, est en acier. Intégrés à la boîte, son contour galbé et la ligne de sa chute sont comme le reste : fruit d’une recherche de détail.

Un design très complexe

Cette diminution des aspérités est une spécialité de H. Moser & Cie depuis maintenant près de dix ans. Jusqu’ici basée sur un principe qui consistait à laisser les cadrans nus, jusqu’à en retirer le nom de la marque, elle vient de connaître un nouveau point d’orgue. La Streamliner Perpetual Calendar est un calendrier perpétuel, une complication qui indique la date complète et juste, quel que soit le mois, y compris le très irrégulier février. Elle nécessite généralement la présence de trois ou quatre sous-compteurs sur un cadran ; ce modèle n’en a aucun. Contre les six aiguilles habituelles, il n’y en a ici que quatre, dont deux sont si petites qu’on ne les voit pas forcément. En conséquence, elle n’a pas l’air de ce qu’elle est.

Ce renversement de la proposition esthétique, où la fonction ne guide plus la forme, prend place dans une boîte Streamliner. Son design très complexe, de forme coussin, bombé, est prolongé par un bracelet aux contours arqués. Toute cette sophistication ne se ressent aucunement au poignet. Si les Geneva Watch Days annoncent quelque chose, ce pourrait bien être l’élargissement du domaine de l’épure.

H. Moser & Cie Streamliner Perpetual Calendar.
Lire aussi L’horlogerie à l’heure des grands retours