« Hors gel », d’Emmanuelle Salasc, « Frankissstein », de Jeanette Winterson, « Etat des lieux », de Deborah Levy : nos choix de lectures

LA LISTE DE LA MATINALE

Redécouvrir, réinventer, imaginer la suite : les livres de la semaine font circuler les idées et les imaginaires à toute vitesse. Ainsi Emmanuelle Salasc, qui nous projette en 2056, dans une société angoissante gouvernée par l’écologisme radical, ou la vaste relecture de la vie et de l’œuvre de Georges Bernanos menée par François Angelier, entre colère et grâce. Deborah Levy, elle, célèbre les bifurcations de la vie, la fantaisie, la liberté des femmes, tandis que deux mythes sont revisités, Goldorak, qui ressuscite dans une BD plus de trente ans après la fin du célèbre dessin animé, et Frankenstein, dont Jeanette Winterson imagine le destin à l’ère du transhumanisme et de l’intelligence artificielle.

ROMAN. « Hors gel », d’Emmanuelle Salasc

Hors gel, d’Emmanuelle Salasc, que les lecteurs connaissent sous son nom précédent d’Emmanuelle Pagano, est un roman qui entremêle les peurs, celles qu’on croit avoir apprivoisées, les peurs diffuses, les peurs nourries par l’angoisse, celles qui ne cessent de jeter de petites vrilles aiguës dans les replis du cœur, celles contre lesquelles on ne peut lutter.

Lucie a grandi dans l’inquiétude, dans la menace. Elle a maintenant 50 ans. Il y a depuis toujours ce lourd glacier hostile au-dessus de son monde, depuis toujours aussi, présent dans son monde, le souvenir de l’imprévisible et débordante folie de sa sœur jumelle, Clémence. Ajoutez à cela un oppressant air du temps. Car Hors gel s’inscrit dans la dystopie d’un futur proche, autoritaire, lugubre. Nous sommes en 2056 et les désastres climatiques, les crises énergétiques, alimentaires, les ravages dans la biodiversité ont amené au pouvoir les tenants d’une écologie radicale. Une stricte morale environnementale vouée au réensauvagement de la nature et fondée sur le contrôle, et l’interdit règne. Xavier Houssin

« Hors gel », d’Emmanuelle Salasc, P.O.L., 416 p. 21 €, numérique 15 €.

ROMAN. « Frankissstein », de Jeanette Winterson

Sur le lac de Genève en compagnie de son mari, le poète Percy Shelley, et de leur ami Lord Byron, la romancière britannique Mary Shelley (1797-1851) invente, un jour, l’histoire du docteur Frankenstein. Publié en 1818, le livre qu’elle en tire la rendra instantanément célèbre. Mary n’a alors que 19 ans. Deux cents ans plus tard, en 2018, une autre écrivaine anglaise, Jeanette Winterson, se saisit de Frankenstein.

Son idée : tendre aux personnages de Mary Shelley un miroir magique qui les expédiera dans le XXIe siècle du transhumanisme et de l’intelligence artificielle. Sous la plume de Winterson, Mary devient Ry, un chirurgien hybride à la fois homme et femme. Byron, alias Lord Ron, se transforme en marchand de robots sexuels. Quant à Stein, le fils spirituel de Victor Frankenstein, c’est un génie de la neurotechnologie, qui développe des interfaces entre le corps humain et les ordinateurs.

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