Hwang Jungeun, Tom Lanoye, Susan Neiman… Les brèves critiques de la rentrée littéraire du « Monde des livres »

Roman. « Hors de toi », de Sandrine Girard

Depuis le divorce de ses parents, Alice collectionne les foyers et ne se sent nulle part chez elle. La faute en revient, essentiellement, à une belle-mère cruelle et à un beau-père au comportement scabreux. Voilà un roman en vrac, où les maisons mais aussi les années se télescopent dans la mémoire d’une Alice adulte qui s’adresse à elle-même : « Tu as 10 ans et tu ne dors plus » ; « Tu as 12 ans. « On lui en donnerait 16 », disent les adultes. » Alice mène une manière d’enquête : pourquoi a-t-elle pris tous ces kilos ? L’écriture percutante de Sandrine Girard, dont Hors de toi est le premier roman, archive avec autant de puissance que de délicatesse ce qu’Alice tait. Les violences de l’enfance, des menues aux terribles ; les trahisons des premières amours ; la tragédie de son corps, proie jusqu’à ce qu’elle se résigne à l’envelopper de graisse. Un texte très juste sur les armures dont on se cuirasse et qui finissent par nous étouffer. Z. C.

« Hors de toi », de Sandrine Girard, Calmann-Lévy, 208 p., 17,50 €, numérique 13 €.

Roman. « Je vais ainsi », de Hwang Jungeun

A la mort de leur père, c’est dans un sous-sol aménagé en appartements que deux sœurs, So Ra et Na Na, s’installent avec leur mère. Elles y croisent Na Ki, un jeune garçon de leur âge, le fils de leur voisine également veuve, qui devient leur « frère de cœur ». Quelques années plus tard, les trois amis se souviennent et, dans des récits croisés, narrent leur quotidien désorienté : Na Na tombe enceinte de son petit ami, avec qui elle n’est pas mariée ; So Ra s’inquiète et rêve ; Na Ki vit les derniers moments d’une relation toxique au Japon.

Mélancolique ou lumineux, mais toujours sobre, Je vais ainsi s’articule autour d’une intrigue assez simple, avec des scènes ordinaires opposant famille traditionnelle et foyer d’élection. On pourrait bien choisir sa famille, semble finalement dire le texte, avec une certaine distance et souvent pas mal d’humour. La manière lente et méticuleuse qui est celle de la narration convainc rapidement le lecteur. Déjà traduite en anglais, lauréate de nombreux prix et figure de proue de la nouvelle génération littéraire en Corée du Sud, Hwang Jungeun, née en 1976, est publiée pour la première fois en français. En 2014, elle s’était distinguée en refusant une récompense décernée par une revue ayant publié des textes de Park Geun-hye, la présidente destituée en 2017 pour faits de corruption. N. C. A.

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