« Ida Lupino. Gentlemen & Miss Lupino », sur OCS : l’itinéraire d’une exception hollywoodienne

Ida Lupino en uniforme des Women’s Auxiliary Defense Corps, branche féminine de l’armée américaine pendant la seconde guerre mondiale, le 13 octobre 1944.

OCS GÉANTS – SAMEDI 23 OCTOBRE À 22 H 15 – DOCUMENTAIRE

Lorsque, en 1950, Ida Lupino fut admise au sein de la Directors Guild of America, le syndicat des réalisateurs de cinéma, elle était la seule femme au sein de l’organisation, qui comptait plus de mille membres. Si bien que les assemblées générales commençaient par cette adresse : « Gentlemen & Miss Lupino », qui donne son titre au documentaire de Clara et Julia Kuperberg. Pendant quelques années, entre 1949 et 1953, Ida Lupino fut la seule réalisatrice en exercice à Hollywood, et le film s’attache à cerner la singularité de cette position.

Issue d’une famille britannique de gens du spectacle, Ida Lupino est arrivée à 16 ans à Hollywood, en 1934. Paramount, qui la prend sous contrat, veut en faire la « Jean Harlow britannique ». Il est vrai que la jeune femme fait plus que son âge et trouve très vite des rôles de fille perdue, compagnes de route de mauvais garçons, qui tiennent alors le haut de l’affiche. L’un de ses rôles les plus célèbres reste celui de Marie, la stoïque complice d’Humphrey Bogart dans La Grande Evasion (1941), de Raoul Walsh.

Réalisme psychologique

Ex-enfant prodige (elle avait mémorisé tous les rôles féminins du répertoire shakespearien à l’âge de 10 ans), Ida Lupino peine à se plier à la discipline des studios. A la Paramount, puis à la Warner, elle passe plus de temps chez elle, où les Zukor et Warner l’ont « suspendue » parce qu’elle a refusé des rôles inintéressants, que sur les plateaux. Et, quand elle tourne, elle s’ennuie pendant que « les autres ont des choses intéressantes à faire ».

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En 1949, elle fonde avec son mari, Collier Young, une société de production, The Filmakers Inc. Lorsque le réalisateur d’un des premiers longs-métrages du nouveau studio tombe malade, Ida Lupino prend sa place, et c’est là que commence vraiment le film des sœurs Kuperberg. Avant de t’aimer, le film qu’elle a repris en cours de tournage, a pour protagoniste une très jeune femme sans le sou, célibataire et enceinte.

Plus tard viendront Outrage, description presque clinique du traumatisme causé par un viol, et Bigamie, tableau nuancé d’une relation triangulaire. Les extraits qui illustrent Gentlemen & Miss Lupino, ainsi que les interventions d’universitaires américains montrent bien comment la réalisatrice s’est tenue en équilibre entre un féminisme, dont elle s’est toujours publiquement distancée, et un souci de réalisme psychologique, qui l’amenait sur des territoires ambigus qu’Hollywood préférait ignorer à l’époque. Sur ces situations arrachées au quotidien, elle jetait un regard stylisé, inspiré des films noirs de Walsh, Nicholas Ray ou Jean Negulesco, dans lesquels elle avait tourné.

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