« Il est urgent d’étendre le statut de réfugié aux femmes victimes de violences de la part des Etats »

Tribune. Qui peut aujourd’hui nier qu’il existe des Etats qui affichent avec fierté leur volonté de remettre en cause les droits universels des femmes tels que définis dans les textes internationaux ? L’alerte avait déjà été donnée avec l’abandon par la Turquie de la convention d’Istanbul pour l’élimination des violences à l’égard des femmes. Le régime qui vient de se mettre en place en Afghanistan constitue un véritable cas d’école depuis l’avènement de la République islamique d’Iran en 1979.

Certes, il en est qui croient encore que les talibans d’aujourd’hui sont plus sensibles aux droits des personnes que ceux d’hier, mais rien n’est moins sûr si l’on en juge par les propos de leur porte-parole Zabihullah Mujahid, qui déclarait mardi 17 août que le nouveau pouvoir restait attaché aux droits des femmes « dans le cadre de la charia ».

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D’ailleurs, les Afghanes qui ont goûté à la liberté des Occidentales ne s’y trompent pas et n’ont qu’une idée en tête, partir. Mais elles ne seront pas les seules à tenter de fuir leur pays. Face à un tel afflux, prendra-t-on en considération le danger particulier guettant les femmes, les violences et interdictions spécifiques qui les ciblent pour la simple raison qu’elles sont femmes ? Leur statut est au cœur du système taliban, comme il l’est pour Daech. Car les frères ennemis sont au moins d’accord sur un point : leur vision du statut des femmes menant à toutes les formes de maltraitance imaginables.

Pas de mention du mot « sexe »

Devant cette réalité, que dit la convention de Genève de 1951 relative au statut de réfugié ? Elle vise à protéger toute personne « craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ». Le mot « sexe » n’est pas mentionné. Ce qui éclaire sur l’état d’esprit des rédacteurs de la Convention : les victimes susceptibles de solliciter une protection seraient avant tout des hommes.

Il y a quarante ans, demander de combler cette lacune a été l’une de premières revendications de la section internationale de la Ligue du droit des femmes, qui deviendra, en 1983, la Ligue du droit international des femmes sous la présidence de Simone de Beauvoir. Au lendemain de l’arrivée au pouvoir du président Mitterrand (en 1981), porté par la gauche, nous demandions au Quai d’Orsay, alors ministère de relations extérieures, dirigé par Claude Cheysson, que la France socialiste propose à l’Assemblée générale des Nations unies la modification de la convention de Genève en y ajoutant le mot « sexe ».

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