« Il était une fois le Musée du Louvre », de François Ier à Napoléon, sur Arte.tv

Le sphinx de Tanis provenant de la collection des consuls, salle 338 du Musée du Louvre.

ARTE.TV – À LA DEMANDE – DOCUMENTAIRE

Le Louvre a eu deux naissances, raconte le documentaire de Frédéric Wilner : sa création en tant que musée le 10 août 1793 par la Convention, qui décrète que « ces merveilles [les collections royales] appartiennent au peuple » (et ordonne au même moment la destruction des tombeaux des « ci-devant rois » à Saint-Denis) ; et l’amour, certes conquérant, que le roi François Ier avait pour l’Italie. En 1515, sa victoire à Marignan lui permet de repartir avec un trophée : Léonard de Vinci. Il le pensionne et lui achète trois tableaux : Saint Jean-Baptiste ; La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne ; La Joconde.

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C’est, dit le documentaire, le début flamboyant d’une tradition de collection royale qui va perdurer, avec des hauts et des bas, jusqu’à Louis XVI. Louis XIV fut, on s’en doute, un des plus boulimiques. La noblesse n’est pas en reste.

C’est ainsi qu’entrent dans les collections françaises des peintures et énormément de dessins de Dürer, de Holbein, mais aussi, et surtout, d’artistes italiens. Outre leur mission diplomatique, nos ambassadeurs s’activent à rechercher les meilleures œuvres et à les acheter parfois au prix fort pour le compte de leur souverain. Entrent ainsi, très tôt, des œuvres du Corrège, du Caravage, de Titien. Toutes ou presque sont saisies à la Révolution, celles du roi comme celles des nobles émigrés ou des établissements religieux.

Spoliation systématique

La basilique de Saint-Denis est certes pillée, et son trésor en grande partie fondu, mais certaines œuvres sont conservées, et les sculptures préservées par l’action d’un artiste, Alexandre Lenoir, qui les regroupe au couvent des Petits-Augustins à Paris (là où est aujourd’hui l’Ecole des beaux-arts), qui deviendra le Musée des monuments français. A sa fermeture en 1816, la plupart iront au Louvre.

Cela tombe bien car, cette année-là, le musée est soudain fort vide. Après les révolutionnaires de 1793, Bonaparte l’avait pourtant bien rempli : le fruit de ses pillages dans toute l’Europe est accumulé dans ce qui sera un éphémère Musée Napoléon, le premier musée « universel » du monde, le seul à pouvoir présenter toute – ou presque toute – l’histoire de l’art. Une spoliation systématique : les conservateurs, Vivant-Denon en tête, accompagnent les armées pour ne rien rater d’important. Le tout avec la meilleure conscience qui soit : ne s’agit-il pas, rappelle l’historienne d’art Bénédicte Savoy, de « libérer les arts du joug qui les oppresse à l’extérieur de la France et [de] les ramener au pays de la liberté » ?

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Waterloo sonne le glas de cette utopie. Les puissances victorieuses s’empressent de récupérer leurs biens, même si elles en oublient un peu et que la collection du prince italien Camille Borghèse, acquise régulièrement (Bonaparte n’allait pas léser son beau-frère !), y est restée. Il faut donc regarnir le Louvre. Son nouveau directeur, le comte Auguste de Forbin, a alors une idée lumineuse et, à l’époque, économique : l’ouvrir à l’art contemporain.

David – tout régicide qu’il ait été –, Géricault, Ingres, Delacroix entrent au musée. Il devient également, malgré la concurrence des Allemands et des Britanniques, l’un des premiers musées d’antiquités : les campagnes de fouilles en Egypte et en Irak, les achats massifs en Grèce en feront une référence dans ce domaine. Il y eut aussi en 1896 l’acquisition malheureuse de la tiare de Saïtapharnès, qui s’est révélée fausse, mais c’est une autre histoire.

Il était une fois le Musée du Louvre, de Frédéric Wilner (Fr., 2021, 95 min). Disponible jusqu’au 28 décembre.