« Il faut repenser la place des agrégés dans les établissements »

Tribune. Pour conclure le Grenelle de l’éducation, le ministre a précisé ses 12 engagements pour réformer le métier d’enseignant, mais rien n’a concerné l’agrégation. C’est la grande oubliée de ce Grenelle. Pour rappel, si le titre d’agrégé a été créé en 1766, c’est avec le lycée napoléonien que l’agrégation est devenue un grade convoité et prestigieux. Le statut d’agrégé de lycée date de 1810 et le premier concours fut organisé il y a deux cents ans, en 1821. Or, les défis actuels que doit surmonter l’école nécessitent de repenser la place des agrégés dans les établissements et le rôle de l’agrégation.

Aujourd’hui, la plupart des professeurs ont des carrières plates et les perspectives d’évolution sont réduites. La proportion d’agrégés, 55 000 sur 500 000 professeurs du secondaire (public et privé), est relativement faible. Nous suggérons d’augmenter leur part avec l’objectif d’atteindre 15 % du corps, soit un enseignant sur sept. La direction générale des ressources humaines estime en effet qu’il y a 15 % d’excellents chefs d’établissement, selon la grille d’évaluation des personnels de direction, pourquoi n’y aurait-il pas 15 % d’excellents professeurs !

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L’accès à l’agrégation mérite aussi d’être interrogé. Avant, pour passer l’agrégation, il fallait une maîtrise (bac + 4), et pour le certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (Capes) une licence (bac + 3) ; aujourd’hui tous les professeurs, agrégés ou certifiés, ont un master (bac + 5). Avec un même niveau de diplôme, l’organisation de deux concours distincts n’a plus de sens, le concours de l’agrégation devrait désormais être réservé aux titulaires ayant quatre ans d’expérience et s’inscrire dans une logique de développement professionnel et de reconnaissance des meilleurs enseignants. Rappelons qu’il faut quatre années après la titularisation pour qu’un professeur puisse se présenter au concours de chef d’établissement.

Rareté des postes

Notre proposition aurait plusieurs avantages : d’abord d’« éliminer » tous les mercenaires qui passent les épreuves et vont ensuite travailler dans le journalisme, la communication, l’administration, la politique, etc. Déjà en 1993, André Chervel notait dans son Histoire de l’agrégation (Ed. Kimé) que, dès la fin du XIXe siècle, « se fait jour une nouvelle tendance qui pousse à rechercher le titre d’agrégé comme on brigue une décoration, sans envisager de faire carrière dans l’enseignement secondaire ».

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