« Il faut sauver le Mahzor Luzzatto »

Tribune. L’Alliance israélite universelle (AIU), association reconnue d’utilité publique, qui conserve à Paris l’une des plus prestigieuses bibliothèques juives du monde, met en vente chez Sotheby’s à New York, le 19 octobre, son plus beau manuscrit hébraïque médiéval, le Mahzor dit « Luzzatto », du nom du savant italien Samuel David Luzzatto (1800-1865), son précédent propriétaire. Il s’agit d’un rituel de prières pour le Nouvel An (Roch Hachana) et le Grand Pardon (Yom Kippour). Il est estimé à quelque 5 millions de dollars (près de 4,3 millions d’euros).

L’Alliance israélite universelle (AIU) met en vente chez Sotheby’s à New York, le 19 octobre, son plus beau manuscrit hébraïque médiéval, le mahzor dit « Luzzatto », estimé entre 4 et 6 millions de dollars.

Copié par un certain Abraham vers 1270-1300, ce magnifique manuscrit présente une calligraphie et un décor typiquement ashkénazes – lettrines peuplées d’animaux fantastiques et de personnages stylisés – suggérant une fabrication dans le sud de l’aire germanique. Il s’agit d’un des très rares rituels de prières en hébreu enluminés conservés en France et, selon Sotheby’s, du plus ancien manuscrit de ce type jamais proposé aux enchères.

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Bien que l’AIU ne soit pas soumise à la règle d’inaliénabilité qui protège les collections publiques françaises, comment ne pas s’émouvoir qu’une institution aussi prestigieuse, dévolue à la connaissance depuis sa création en 1860 – avec un réseau d’écoles qui ont promu dans tout le monde méditerranéen la langue française et les valeurs de la République –, se départisse de son patrimoine le plus précieux ?

Comment ne pas s’étonner que la France, qui abrite la population juive la plus nombreuse en Europe et la troisième du monde, laisse sortir de son territoire un patrimoine aussi emblématique, acquis très tôt par la bibliothèque de l’AIU, dont le fonds fut difficilement récupéré après sa spoliation par les nazis ?

Importantes déductions fiscales

Nous ne nous résolvons pas à voir ce manuscrit insigne quitter la France et appelons à la recherche de toutes les solutions pour qu’il soit classé comme « œuvre d’intérêt patrimonial majeur », permettant son acquisition par un mécène au titre de la loi du 1er août 2003 (dite loi « Aillagon »), qui offre de très importantes déductions fiscales (90 % de l’impôt sur les sociétés) dès lors que le manuscrit serait donné à une institution patrimoniale comme la Bibliothèque nationale de France, dont le fonds de manuscrits hébraïques médiévaux fait référence.

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Acquis à New York par un particulier, le Mahzor Luzzatto risque de disparaître dans un coffre-fort, alors qu’à l’AIU il est accessible aux chercheurs. Mais au-delà de son intérêt pour la connaissance du judaïsme médiéval européen, ce manuscrit revêt une importance symbolique qui dépasse sa valeur vénale.

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