« Il faut s’interroger sur les défaillances de la libéralisation dans la détermination des prix de l’électricité »

Tribune. On assiste, depuis le début de l’été, à une forte hausse des prix de l’électricité partout en Europe, qui s’explique par la conjonction de plusieurs facteurs et qui fait redouter un hiver difficile pour les consommateurs. Il faut toutefois bien distinguer le prix de détail, payé par le consommateur final, du prix de gros de l’électricité vendue et achetée sur le marché dit « spot », la Bourse de l’électricité. A l’heure actuelle, ce sont essentiellement les gros consommateurs industriels qui achètent directement leur électricité sur le marché de gros, ou encore à un prix indexé en temps réel sur celui-ci, qui voient leur facture augmenter.

Le dispositif de « bouclier tarifaire », annoncé par le gouvernement fin septembre, va permettre de limiter la hausse du prix de détail réglé par la grande majorité des consommateurs, qui bénéficient encore d’un tarif réglementé de vente (TRV) – soit environ 23 millions de ménages sur 33 millions aujourd’hui en France, et plus de 2,5 millions de petites entreprises – ou bien d’un prix indexé sur ce dernier. Le TRV devrait ainsi augmenter de 4 % lors de la prochaine révision, prévue en février 2022, contre une hausse de 12 % attendue initialement.

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La hausse du prix de gros tient pour une large part à la hausse du prix du gaz naturel sur le marché international et à la hausse du prix du CO2 sur le marché européen du carbone. Le prix de gros du mégawattheure (MWh) est passé de 32 euros en moyenne en 2020 à plus de 100 euros actuellement. Le prix de la tonne de CO2 est passé en quelques années de 5 euros à 60 euros et a été multiplié par deux depuis le début 2021 ; il représente aujourd’hui 12 % du coût de production d’une centrale à gaz et 45 % de celui d’une centrale à charbon. Comme une large partie de l’électricité est, dans l’Union européenne, produite avec des énergies fossiles (20 % avec du gaz et 13 % avec du charbon, mais c’est 6 % au total seulement en France), toute augmentation des prix du gaz, du charbon et du carbone se répercute mécaniquement sur le coût de production de l’électricité produite avec des énergies fossiles.

Le pompier pyromane

Le prix de gros observé en France suit le prix de gros dans les pays limitrophes, car les marchés européens de l’électricité sont interconnectés. Le prix sur le marché de gros est fixé heure par heure selon le mécanisme du merit order (« ordre de mérite ») – on « appelle » la centrale la mieux-disante économiquement en premier, la moins-disante en dernier. Le prix d’équilibre est égal au coût de production variable de la dernière centrale appelée, celle qui équilibre l’offre et la demande d’électricité. Les injections d’électricité éolienne ayant été plus faibles que prévues ces dernières semaines, ce sont les centrales à gaz qui déterminent le plus souvent le prix d’équilibre, au moment même où les prix du gaz et de la tonne de CO2 grimpaient également.

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