« Il ne faut pas qu’on en fasse une star de l’audience » : avec Salah Abdeslam, la parole est à la défiance

Lors du procès de Salah Abdeslam au palais de justice de Bruxelles, le 8 février 2018.

Ses premiers mots étaient tant attendus. Dès l’ouverture du procès, le 8 septembre, les propos chocs de Salah Abdeslam ont représenté un cas d’école (de journalisme) pour les chroniqueurs judiciaires qui retranscrivent, parfois en direct, une audience historique. Après presque six ans de silence, le seul membre encore en vie des commandos du 13 novembre 2015 a pris la parole au premier jour des débats.

Alors que le président de la cour d’assises de Paris spécialement composée lui demandait son identité et sa profession, l’accusé a voulu « témoigner qu’il n’y a pas de divinité à part Allah », se présenter comme « un combattant de l’Etat islamique » ou encore dénoncer les conditions carcérales – « on est traité comme des chiens ».

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Dès le lendemain, nouvel acte du « show » Abdeslam. Cette fois-ci, il demande, entre autres, si « les victimes en Syrie pourront aussi prendre la parole ». Alors que 141 médias ont été accrédités pour suivre le procès des attaques terroristes les plus meurtrières en France – 130 morts et des centaines de blessés – comment traiter ces déclarations ? Il n’aura même pas fallu deux jours d’audience pour que certains journalistes se posent ouvertement la question.

Sur « une ligne de crête »

Habituée des prétoires pour RTL depuis plusieurs années, déjà présente au procès d’Abdeslam à Bruxelles, Cindy Hubert a résumé, dans un tweet publié le 9 septembre, le dilemme tel qu’elle le voit. « Comment raconter l’audience et ne pas offrir une tribune à Salah Abdeslam qui n’en finit pas d’enchaîner les provocations ? écrit-elle (…) A nous de trouver une ligne de crête pour tenir ces neuf mois d’audience. »

« L’idée ce n’est pas “en parler ou ne pas en parler”, mais en parler à la juste place. Que ça n’écrase pas d’autres faits du procès qui sont aussi importants. » Charlotte Piret, journaliste à France Inter

Impossible d’ignorer la parole du principal des 14 accusés présents, la journaliste en convient. « Le fait qu’il prenne la parole le premier jour, en soi, était un événement. Après, si sa parole se multiplie, il va falloir qu’on fasse le tri. » Mais, avec les premiers « coups d’éclat » du médiatique accusé, elle a voulu partager sa réflexion.

« Il ne faut pas qu’on devienne une courroie de transmission de sa parole, explique-t-elle. Il ne faut pas qu’on relaie absolument tout, qu’on en fasse une star de l’audience, car il y a d’autres accusés et l’enjeu de ce procès c’est de démêler les responsabilités de chacun, mais aussi de laisser la place aux victimes. Cela revient à faire notre boulot : contextualiser, et relayer ses déclarations quand elles ont une importance pour les débats. »

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