« Il n’est pas de l’intérêt de la France de soutenir et armer les dictateurs africains »

Tribune. Quels sont les intérêts de la France en Afrique et qui dispose de la légitimité pour les définir, les identifier et les évaluer ? Ces intérêts portent-ils sur le volume des contrats juteux obtenus par un petit groupe d’entreprises dites françaises opérant sur le continent, sur le nombre de pays africains dont les chefs d’Etat sont jugés « pro-français », ou sur le degré d’influence supposé que l’histoire coloniale, la présence militaire et la francophonie confèrent à la France sur la scène internationale ?

Ces questions font rarement l’objet d’un débat public en France. Comme si la mémoire collective demeurait honteusement prisonnière des frustrations et de la culpabilité d’une décolonisation bâclée. Cette omerta remonte aux années 1950. Visionnaire et courageux face au nazisme, le général de Gaulle s’est montré politiquement myope et cynique à l’égard des colonies et territoires sous domination française. Il leur a proposé de demeurer au sein d’une « Communauté française » qui aurait fait des populations africaines des citoyens de seconde zone, alors même qu’elles avaient versé beaucoup de sang pour la France lors des deux guerres mondiales.

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De Gaulle a été surpris et courroucé par l’ampleur et la force des revendications indépendantistes africaines. Puis, il a « accordé » aux pays africains des indépendances piégées, y imposant comme chefs d’Etat des hommes en réalité opposés à l’indépendance ! Les pays comme l’Algérie, la Guinée ou le Mali qui avaient refusé ces arrangements l’ont payé très cher. Il s’est ensuite entouré de personnages lugubres officiant comme conseillers pour l’Afrique. Jacques Foccart, Louis-Paul Aujoulat et autres Félix Houphouët-Boigny ont établi une politique africaine caricaturale satisfaisant surtout des intérêts privés de quelques élites françaises et africaines, doctrine qui est encore aujourd’hui le cadre d’interaction France-Afrique.

Bilan politique affligeant

Le bilan de cette politique est affligeant : la Côte d’Ivoire et le Cameroun, les deux plus grandes économies d’Afrique francophone au sud du Sahara, où la France est présente et influente depuis plus d’un siècle, affichent des performances économiques embarrassantes. Leurs produits intérieurs bruts par habitant, en 2020, étaient respectivement de 1 700 (1 500 euros) et 1 500 dollars, inférieurs en termes constants aux niveaux de 1981 et en dessous de la moyenne africaine.

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Ces statistiques de la Banque mondiale invalident tous les slogans parisiens. Car il n’est pas de l’intérêt des 67 millions de Français de s’accommoder de la pauvreté et de la violence en Afrique. Il n’est pas de l’intérêt de la France de laisser des castes de politiciens véreux à Paris soutenir et armer les dictateurs africains illettrés et incompétents qui martyrisent les populations et fabriquent la misère, la haine des autres et de soi, tout en stimulant l’immigration clandestine en Afrique et vers l’Europe.

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