« Il n’y aura pas plus d’Airbus des batteries que du train, des bateaux ou des bicyclettes »

Locaux de Northvolt, à Stockholm, le 14 juin 2018.

Il faut toujours se méfier quand on entend le mot Airbus pour désigner autre chose qu’un fabricant d’avions. Le terme plaît aux politiques, car il symbolise à la fois la puissance de l’Etat organisateur, la dimension européenne d’un projet et son caractère hégémonique. Mais, hormis pour restructurer l’industrie aéronautique européenne, cela n’a jamais marché.

Il n’y aura pas plus d’Airbus du train que du bateau, des satellites ou des bicyclettes. Dans un système capitaliste, y compris en Chine, l’innovation est stimulée par la concurrence, pas par la mise sous tutelle. Le dernier exemple en date, l’« Airbus des batteries », en apporte une nouvelle preuve.

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Sitôt posée la première pierre d’un projet baptisé un peu rapidement ainsi, en janvier 2020, les pouvoirs publics français, qui rêvaient de placer sous un même toit les constructeurs automobiles français et allemands, ont compris que les choses ne se passeraient pas comme cela. Le projet ACC, qu’ils ont porté à bout de bras, ne réunira finalement que deux entreprises françaises, Stellantis et Total, ce qui n’est pas vraiment la définition d’un projet paneuropéen de grande ampleur. Et c’est mieux ainsi.

Financements par l’Union

Au lieu d’une seule tête, des dizaines émergent actuellement. Il existe près d’une quarantaine de projets en Europe, pour un total d’investissements de près de 40 milliards d’euros. Selon Maros Sefcovic, vice-président de la Commission européenne en charge de l’énergie entre 2014 et 2019, en deux ans seulement, l’Europe est devenue la première place mondiale en termes d’investissements dans les batteries.

Intelligemment, l’Europe a financé une bonne partie des initiatives dont certaines sont déjà largement plus avancées que celle des Français. C’est le cas de Northvolt. Fondée en 2015, cette société suédoise a déjà réussi à lever plus de 5 milliards d’euros de prêts et de capitaux, et à engranger près de 23 milliards d’euros de commandes. Elle a séduit Volkswagen, devenu son premier actionnaire, mais aussi BMW et Volvo, avec qui elle vient de signer pour la création d’une société commune.

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En France même, l’Airbus des batteries se trouve un nouveau concurrent, avec la société Verkor, qui rêve de devenir le Northvolt du sud de l’Europe. Fondée, comme le suédois, par un ancien de Tesla, elle est soutenue notamment par Schneider Electric et discute avec Renault, qui n’a jamais aimé cette histoire d’union sacrée avec son concurrent français. L’Airbus n’est populaire qu’au Salon du Bourget.