« Il y a une différence notable entre le spectre du foutoir patrimonial qu’exhibent les experts et un projet aussi fondé historiquement que celui de Saint-Denis »

Tribune. La flèche de la basilique de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), démontée en 1847 en vue d’être remontée, redeviendra bientôt l’élément central du paysage francilien qu’elle a été pendant des siècles. Alors que la fouille et les travaux préalables de consolidation du monument sont sur le point de commencer, la fébrilité gagne les détracteurs du projet qui font circuler, y compris dans la presse, de nombreuses contrevérités.

Deux historiens de l’art, Mathieu Lejeune et Maxime L’Héritier, suivis par un certain nombre d’experts, accusent dans une tribune publiée le 29 septembre, par Le Point, que le projet de reconstruction de la flèche est l’un des plus terribles outrages qu’on puisse imaginer de faire au patrimoine.

Ainsi, par exemple, la fouille prévue pour la consolidation de la basilique affecterait « la chambre funéraire de Pépin le Bref » qui serait « détruite », pour renforcer les fondations du monument. Cette accusation est mensongère. La fouille définie par le ministère de la culture concernera les travées nord du massif occidental. Elle n’approchera pas les trois sépultures successives de Pépin le Bref situées au milieu de la nef, devant le portail central et, depuis le XIIIe siècle, à la croisée du transept. Affirmer la prochaine « destruction du tombeau de Pépin le Bref » relève donc de l’invention la plus caractérisée.

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De même, est mentionnée la pose de tirants en métal qui « dénatureront l’une des premières façades de l’époque gothique ». Des tirants métalliques sont effectivement prévus à l’étage de la première travée nord du massif occidental. C’est la solution la plus efficace, la plus économique et la plus facilement réversible pour consolider une maçonnerie légèrement déstabilisée. Elle vient d’être mise en œuvre dans le bras sud du transept de la basilique sans susciter la moindre réaction défavorable. Les tirants proposés dans les maçonneries occidentales seront complètement invisibles de l’extérieur et ne sauraient donc « dénaturer » la façade ni « détruire le patrimoine ».

En toute conscience

S’agissant de l’examen du projet en Commission nationale des monuments historiques, en 2017, aucun de ceux qui s’insurgent aujourd’hui n’a assisté aux débats. Si cela avait été le cas, ils auraient constaté que la majorité des membres approuvait le projet, et que seules les contraintes horaires de quelques spécialistes venus de loin ont créé une majorité artificielle d’opposants.

La cabale anti-flèche n’exprime que le dépit d’historiens qui voudraient arrêter toute action sur le patrimoine en vertu d’une vision hégélienne de l’histoire, supposée être finie

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