« Illusions perdues » : Xavier Giannoli électrise l’adaptation du roman de Balzac

Lucien de Rubempré (Benjamin Voisin).

L’AVIS DU  « MONDE » – « À NE PAS MANQUER »

Illusions perdues, Giannoli retrouvé. Le huitième long-métrage du réalisateur français à la filmographie en dents de scie, depuis Les Corps impatients (2003), Quand j’étais chanteur (2006), Marguerite (2015), est sans doute son œuvre la plus aboutie. Sa mise en scène électrise le spectateur, l’envoyant deux siècles en arrière tout en lui faisant entendre ce qui relie l’époque de la Restauration (1814-1830) au XXIe siècle.

La virtuosité des comédiens, la fluidité du rythme et l’image à la beauté légèrement déformante, comme sortie d’un mauvais rêve, nous plongent dans le bain bouillonnant et corrompu de la scène parisienne des années 1820. Nous voici aux racines de la marchandisation, où tout se paie et se monnaye, où se font et se défont carrières et réputations, au gré des revers d’alliances et coups bas orchestrés par les politiques et une presse en déshérence. Les « meilleures » plumes se vendent au plus offrant et réécrivent l’histoire, au mépris de leur mission d’information – les « fake news » avant l’heure. On trouvera d’autres clins d’œil dans ces Illusions perdues. Comme l’allusion à peine voilée à Emmanuel Macron, ancien banquier devenu ministre de l’économie, en 2014, avant d’être élu président de la République, en 2017.

Les Illusions perdues arrivent en salle le 20 octobre, alors que viennent de s’achever à Paris les représentations de la pièce du même nom, écrite et mise en scène par Pauline Bayle, au Théâtre de la Bastille (une tournée est programmée en région). La dramaturge a choisi l’épure d’une performance pour cinq acteurs, lesquels interprètent une vingtaine de protagonistes. Rien de tel dans le film fastueux qui réunit une brochette d’acteurs du cinéma français – Vincent Lacoste, Jeanne Balibar, Louis-Do de Lencquesaing, Gérard Depardieu, Jean-François Stévenin… – auxquels s’ajoute le cinéaste et acteur canadien Xavier Dolan.

Quelques libertés

Mais la meilleure intuition de Giannoli est d’avoir confié le rôle de Lucien à un nouveau talent à l’élégance fougueuse, Benjamin Voisin, gueule d’ange à la face sombre, révélé dans Eté 85 (2020), de François Ozon. Le réalisateur le place au centre du dispositif, tel un aimant, les autres protagonistes interagissant et tirant les ficelles de sa fulgurante ascension, puis de sa chute inéluctable. Benjamin Voisin donne à Lucien, poète idéaliste mais aussi avide de succès, toute la grâce, l’arrogance et la mélancolie qui font son étoffe et son armure. C’est une autre jeune actrice à la présence intense, Salomé Dewaels, beauté dionysiaque, qui joue Coralie, amoureuse de Lucien et comédienne au destin brisé.

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