«Ils nous font penser qu’ils ont des informations que nous n’avons pas»: ces soignants qui découragent à la vaccination

TÉMOIGNAGES – Sur les réseaux sociaux, plusieurs personnes se plaignent qu’un doute leur a été instauré par un professionnel de santé sur la vaccination. Une pratique qui reste minoritaire, mais que les autorités médicales surveillent.

«Il m’a dit qu’il ne me le conseillait pas, car c’est un vaccin à ARN messager sur lequel “on n’a pas de recul”. Il a ajouté qu’il avait découragé ses parents à le faire». C’est la mauvaise expérience qu’a subie Aline*, 33 ans, lors d’une consultation avec le remplaçant de son médecin généraliste, alors qu’elle était enceinte de cinq mois. «Je trouve ça irresponsable. Ça m’a mis en colère, pas tellement pour moi, mais pour d’autres personnes qui pourraient faire des formes graves à cause de ce genre de mauvais conseils», poursuit-elle. Elle s’est malgré tout fait vacciner, s’étant renseignée auparavant sur le sujet et après avoir pris d’autres avis de soignants.

Comme elle, plusieurs personnes affirment sur les réseaux sociaux qu’un professionnel leur a, à eux ou un de leurs proches, instauré le doute quant à la vaccination. «Le médecin du centre de vaccination lui a demandé au moins deux fois si elle était sûre de vouloir faire le vaccin, vu qu’elle était enceinte, avec des regards insistants», raconte une jeune femme à propos d’une de ses amies. «Une campagne de vaccination a commencé dans la ville où habite mon grand-père. Il a refusé de s’y rendre, son ophtalmologue qu’il venait de voir lui avait garanti qu’il avait de fortes chances de mourir du vaccin, et peu du Covid», explique Emmanuel*, 38 ans. «J’avais réussi à convaincre mon épouse qui est contre le vaccin de se faire vacciner, je lui ai dit de se rapprocher de notre infirmière pour voir si elle pouvait nous le faire, se rappelle Franck, 46 ans. Celle-ci lui a dit qu’elle vaccinait, mais qu’elle tenait à préciser qu’elle-même n’était pas vaccinée et qu’elle ne le ferait pas».

Un comportement «pas du tout déontologique»

La plupart accueillent ce positionnement avec stupéfaction, et parfois colère. Les beaux-parents de Benoît, 44 ans, vivent en Guadeloupe, où la vague épidémique est particulièrement forte, et la défiance envers la vaccination également. Face au doute de ses parents, sa compagne les incite à se rapprocher de leur médecin. Mais celui-ci tient alors un discours ouvertement anti-vaccination, ce qui les conforte dans l’idée qu’ils ne devaient pas se faire vacciner. «Le discours du médecin ne reposait pas sur des considérations médicales mais consistait en un avis général sur les vaccins, à l’utilité discutable et conçus pour engraisser les laboratoires», précise Benoît. «Ma compagne était abasourdie, surtout quand on a en tête la situation aux Antilles. Moi je suis scandalisé par ces irresponsables qui décrédibilisent la profession», poursuit-il. Une réaction partagée par Franck: «Ça me révolte. Quand on arrive à enlever un doute, à aller tout doucement vers le vaccin, ils nous le remettent en nous faisant penser que le vaccin n’est pas à jour et qu’ils ont des informations que nous n’avons pas».

L’article 12 du code de la déontologie médicale indique pourtant que «le médecin doit apporter son concours à l’action entreprise par les autorités compétentes en vue de la protection de la santé et de l’éducation sanitaire». Or, «un constat s’impose: la meilleure protection pour endiguer la pandémie a été et est toujours la vaccination», rappelle au Figaro le Dr Jean-Marcel Mourgues, vice-président du Conseil national de l’ordre des médecins. «Dénigrer le vaccin, c’est inciter à ne pas se faire vacciner et prendre le risque d’être infecté et de faire une forme grave. Les gens qui dénigrent le vaccin tuent et c’est un comportement pas du tout déontologique», abonde Jean-Christophe Nogrette, secrétaire général adjoint du syndicat MG France. En principe, seules quelques contre-indications médicales peuvent inciter le médecin à décourager la vaccination: l’allergie à un des composants du vaccin ou un choc allergique à la première dose.

Les médecins qui se positionnent ouvertement contre la vaccination risquent gros. Si plusieurs plaintes remontent auprès du conseil de l’ordre, le médecin peut être appelé par le conseil départemental de l’ordre des médecins pour un «entretien confraternel» au cours duquel il sera amené à s’expliquer sur ses griefs. «Parfois il peut y avoir une déformation de ce qui est rapporté, parfois la position du médecin peut avoir évolué, tient à rappeler le Dr Jean-Marcel Mourgues. Mais en cas de situations réitérées localement ou d’expression publique dans les médias contre la vaccination, «le médecin peut faire l’objet d’une plainte et devoir s’expliquer en chambre disciplinaire», indique le vice-président du Conseil national de l’ordre des médecins. Ces situations restent cependant extrêmement minoritaires: sur 235.000 médecins en exercice régulier, les affaires disciplinaires ne concerneraient qu’une dizaine de cas au total.

*Les prénoms ont été changés.


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