« Imaginez un pays sans artistes ! Aidez-nous ! » : l’appel de la cinéaste afghane Sahraa Karimi

Sahraa Karimi, le 4 septembre 2021, lors de la 78e Mostra de Venise.

La cinéaste afghane Sahraa Karimi a fui Kaboul, le 15 août, le jour où les talibans ont pris le pouvoir dans la capitale. Depuis, de sa voix combative, elle ne cesse de sonner l’alerte dans les médias. Son visage, découvert sur des vidéos qui ont le fait le tour de la planète, ne s’oublie pas. De grands yeux gris, mélancoliques, et un casque de cheveux bruns. Sahraa Karimi, née en 1983, est aussi la première femme à diriger, depuis quelques années, l’Institut du film afghan, l’organisme public pour le financement du cinéma, situé à Kaboul. Nous l’avons rencontrée, samedi 4 septembre, en marge d’une conférence de presse organisée par la Mostra de Venise, sur la situation des artistes en Afghanistan – à laquelle assistaient également la cinéaste afghane Sahra Mani, ainsi que des membres de la Coalition internationale pour les cinéastes en danger (dont font partie Orwa Nyrabia, directeur artistique du Festival international du film documentaire d’Amsterdam, Vanja Kaludjercic, patron du Festival de Rotterdam…). Devant un parterre de journalistes et de critiques de cinéma, Sahraa Karimi a lancé un cri d’alerte : « Imaginez un pays sans artistes ! Aidez-nous ! Nous pouvons être sauvés par la communauté internationale. »

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Le 15 août, la cinéaste a pris « la décision la plus difficile de [sa] vie » : elle a quitté son pays, s’envolant pour Kiev (Ukraine) avec quelques membres de sa famille, laissant derrière elle tout son travail. Sahraa Karimi a ensuite rejoint la Slovaquie, un pays où elle a fait ses études de cinéma et dont elle a acquis la nationalité (en plus de la nationalité afghane).

« Les talibans n’ont pas changé »

Alors que les talibans tentent d’amadouer la communauté internationale, en affichant un visage plus « ouvert », la réalisatrice assure que « les talibans n’ont pas changé » : « Ils sont tellement contre l’art, et contre les femmes. La communauté internationale devrait reconnaître les groupes qui résistent actuellement contre les talibans. Car la nouvelle génération d’Afghans ne peut pas vivre sous le régime des talibans. La jeunesse veut mener une vie moderne, écouter de la musique, vivre librement. Ce qui a été construit en vingt ans dans notre pays ne peut pas disparaître du jour au lendemain », dit-elle. Mais, déjà, tout semble fragilisé. Pour ne prendre qu’un exemple, les archives cinématographiques afghanes sont en danger, dit-elle, « puisqu’elles sont localisées au palais présidentiel de Kaboul, désormais sous le contrôle des talibans ». Elle ajoute : « Les talibans ne m’ont pas démise de mes fonctions à l’Institut du film afghan. J’en suis encore la directrice, mais je n’ai plus de bureau et n’y suis plus matériellement présente. C’est très étrange… »

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