« Impeachment : American Crime Story », sur Canal+ : l’affaire Lewinsky à la lumière du XXIe siècle

Clive Owen (Bill Clinton) et  Beanie Fieldstein (Monica Lewinsky).

CANAL+ – JEUDI 28 OCTOBRE À 21 H 10 – SÉRIE

Après avoir acquis les droits du livre de Jeffrey Toobin A Vast Conspiracy, Ryan Murphy l’avait promis : il n’adapterait pas « l’affaire » Lewinsky pour l’écran sans l’accord et l’implication de la première intéressée. En 2019, l’ex-stagiaire de la Maison Blanche devenue productrice signait avec le showrunner et la chaîne FX pour exercer un droit de regard – limité – sur son personnage dans la troisième saison de la série anthologique American Crime Story, consacrée à la liaison qui faillit faire tomber le président Clinton, à la fin des années 1990.

Collection aux grandes ambitions documentaires, American Crime Story s’emploie à examiner des affaires célèbres au prisme de la sociologie et du politique. La première saison mettait ainsi en lumière les tensions raciales ayant entouré l’affaire O.J. Simpson, la deuxième dénonçait l’homophobie à travers le meurtre de Gianni Versace.

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Révélée par le journaliste Michael Isikoff dans les pages de l’hebdomadaire Newsweek, la relation entre le président américain et la jeune employée de la Maison Blanche entre 1995 et 1997 fut instrumentalisée par le procureur conservateur Kenneth Starr pour lancer, en 1999, une procédure de destitution qui échouera devant le Sénat. L’enjeu du projet de Ryan Murphy n’est pas tant de rappeler un épisode peu glorieux et surmédiatisé de la politique américaine que d’en offrir une relecture à la lumière d’aujourd’hui.

Composition impeccable

Pour ce faire, le réalisateur et sa scénariste principale, Sarah Burgess, mettent au centre du récit une autre femme, Linda Tripp. Collègue et amie de Monica Lewinsky au Pentagone, elle joua un rôle majeur dans l’éclatement de l’affaire en divulguant les confidences de Lewinsky à la presse. Impeachment en fait une femme amère et misogyne, fonctionnaire sans talent placardisée après son éviction de la Maison Blanche, dont elle cherche à se venger à travers son amie. Sarah Paulson, actrice fétiche de Murphy, en endosse le triste costume, pour une composition impeccable mais sans aspérité.

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Plus surprenante est la réinvention du personnage de Monica Lewinsky elle-même. Sous les traits de Beanie Feldstein, l’ex-stagiaire d’origine aisée, brillante et ambitieuse, semble avoir rapetissé sous le poids des illusions perdues. Réduit à ses kilos en trop, à sa naïveté et à son imprudence – une scène, approuvée par Lewinsky, la montre en train d’exhiber un bout de string rose à Bill Clinton au détour d’un couloir –, le personnage fracasse le souvenir que l’on en avait pour en exposer toute la vulnérabilité.

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