« Imran Khan, l’ex-playboy qui parraine les talibans »

Chronique. Longtemps, il a couru les boîtes de nuit londoniennes. Dans les années 1970, celles de sa jeunesse dorée, on le croisait chez Tramp, sur Jermyn Street, à Mayfair, ou, non loin, chez Annabel’s, au 46 Berkeley Square, deux des établissements les plus « chics » de la ville. Là copinaient membres de l’aristocratie amateurs de fiestas nocturnes, rockeurs à la mode, mannequins, politiques et vedettes de cinéma dans un cadre très « manoir anglais », mais avec, en sous-sol, pour animer la piste de danse, des DJ sachant faire chauffer une platine.

Imran Khan était, à l’époque, l’un des plus grands joueurs de cricket du monde, aussi à l’aise à la batte qu’au lancer, un all rounder, dit-on dans le jargon de cette étrange activité sportive. Pakistanais, capitaine de l’équipe de son pays quand elle remporta la Coupe du monde en 1992, Khan, taillé en athlète, visage buriné au soleil des stades, est alors une légende sur la planète cricket. Bon musulman et sportif sérieux, il boit peu d’alcool, mais est chéri de la page people des magazines de mode, qui lui prêtent nombre de conquêtes, avec, semble-t-il, une préférence pour les jeunes femmes cultivées, libérées et sportives de la « gentry » anglaise.

Passé par Oxford

On repensait à ce profil de playboy éclairé, et passé par Oxford, en lisant, ces jours-ci, le sort que les talibans réservent aux femmes d’Afghanistan – avec l’approbation tacite d’Imran Khan. Celui qui fut la terreur des wickets – les petits piquets de bois que le lanceur doit faire tomber et que le batteur s’efforce de protéger – est, depuis l’été 2018, premier ministre du Pakistan. Il s’est félicité du départ des Américains de Kaboul. Dans un entretien accordé, fin septembre, à l’hebdomadaire Newsweek, il appelle « la communauté internationale » à collaborer activement avec l’« émirat islamique d’Afghanistan ». Partisans d’un islam figé dans le rigorisme et la violence, les talibans afghans sont des amis d’Islamabad.

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Comme tous ses prédécesseurs, Khan – à juste titre réputé pour son intégrité dans un monde politique pakistanais massivement corrompu – a protégé les talibans afghans. Ceux-là sont depuis longtemps l’invention et l’instrument des services secrets de l’armée pakistanaise, l’Inter-Services Intelligence (ISI). Sans leurs refuges dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan, les talibans n’auraient pu mener la guerre de vingt ans qu’ils ont remportée cet été. L’ambition stratégique de l’armée pakistanaise est de disposer d’un régime ami à Kaboul. Objectif : bénéficier de la « profondeur stratégique » que lui procurerait l’Afghanistan en cas de guerre avec l’ennemi de toujours, l’Inde, unique obsession des généraux pakistanais.

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