Inflation : « Les indices et indicateurs économiques s’éloignent de plus en plus de la réalité »

Tribune. Après les crises sociales des retraites et des « gilets jaunes », après les heures les plus noires de la pandémie, mais aussi après quarante années d’un cycle de politiques économiques libérales qui a démarré dans les années 1980, la question du pouvoir d’achat s’est installée dans le débat public. Pourtant, la notion même de pouvoir d’achat comme indicateur du progrès de notre niveau de vie doit être posée.

Certes, le pouvoir d’achat reste un indicateur statistique pour décrire un phénomène économique de la manière la plus objective possible. Mais il présente de nombreux écueils. Il se décompose en deux grands ensembles : d’une part les salaires bruts ou nets de fiscalité patronale et salariale, d’autre part un indice des prix à la consommation du « panier représentatif de la ménagère » (alimentation, boissons, journaux et périodiques, logement, eau, gaz, électricité, combustibles, santé, transport, communication, éducation, restaurant, hôtels…).

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Depuis plus d’une dizaine d’années, les instituts de conjoncture présentent une courbe où le « revenu disponible brut » (salaires bruts – indice des prix à la consommation) a tendance à augmenter. Les mesures prises plus récemment par le gouvernement au moment de la crise des « gilets jaunes » ne sont certainement pas étrangères à cela : prime d’activité, défiscalisation des heures supplémentaires, activité partielle…

Les prix de l’énergie minimisés

Mais comme tout indice, il s’agit d’une moyenne pondérée. Or, les pondérations des biens biaisent l’information en particulier sur l’indice des prix, certaines hausses pouvant être sous-pondérées (la baguette de pain) ou, au contraire, certaines baisses surpondérées (électroménager, hi-fi, automobile…).

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Son amélioration reste par conséquent compatible avec la hausse des inégalités, la baisse des salaires dans les métiers de services et de soins exercés principalement par la classe moyenne et le développement en masse de mini-jobs. Enfin, la hausse continue des prix de l’énergie, qui pèse beaucoup plus dans le portefeuille des ménages modestes, est encore insuffisamment intégrée dans cet indice.

Au-delà des chèques énergie et carburant, cette sous-pondération témoigne d’ailleurs de notre retard dans la transition énergétique dans un contexte où il n’est plus possible de continuer avec les énergies fossiles. Ces estimations, et la communication publique vantant cette évolution positive du pouvoir d’achat, se heurtent aujourd’hui violemment à l’impression de baisse du pouvoir d’achat des Français.

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