Inquiétudes pour le patrimoine culturel afghan

Bouddha doré à la feuille d'or, exhumé d'une cellule du monastère de Mes Aynak, à 40 km de Kaboul.

Au carrefour des routes de la soie, entre la Chine, l’Inde, l’Iran, l’Asie centrale et l’ancien Empire russe, la géographie de l’Afghanistan dessine un chaos de montagnes irriguées de voies d’eau, conservant dans ses entrailles la mémoire de l’humanité.

Des décennies de conflits armés ont occulté l’immense richesse du patrimoine afghan, témoignage unique du brassage des civilisations et des croyances depuis 5 000 ans, les premiers vestiges provenant d’Our, en Mésopotamie (l’actuel l’Irak), là où a été inventée l’écriture. Un patrimoine matériel fragile et un patrimoine immatériel « beaucoup moins visible, comme la pratique du rebab, ce luth à double chambre dont la fabrication a été interdite il y a vingt ans et qui accompagne le ghazal, les poèmes chantés », souligne le chercheur Bastien Varoutsikos, archéologue, spécialiste du patrimoine culturel en zones de conflit.

Les talibans, désormais au pouvoir, choisiront-ils de préserver ce patrimoine, après la catastrophe des bouddhas de Bamiyan qu’ils ont détruits à la dynamite en 2001 ? Les premières mesures qu’ils ont prises peuvent le laisser croire : les nouveaux maîtres du pays ont d’ores et déjà fermé le Musée national de Kaboul afin de le protéger des pillages.

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Sur 5 000 ans d’histoire, 5 000 sites archéologiques ont été identifiés, certains fouillés, notamment par les équipes franco-afghanes de la Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA), créée en 1922 par la France, à la demande du roi Amanullah (1892-1960) et qui fêtera son centenaire en 2022, au Musée national des arts asiatiques Guimet, à Paris.

Un jeune conservateur, passionné d’Asie, Joseph Hackin (1886-1941), fut alors nommé à la tête de la DAFA. De 1924 à 1940, il multiplia les campagnes de fouilles avec son épouse, Ria (1905-1941), qui photographiait les trésors mis au jour au pied des sommets vertigineux de l’Hindou Kouch. Comme le fameux trésor de Begram, des centaines d’objets en verrerie et ivoire provenant d’Egypte et de Syrie. Cette Alexandrie est située à cent kilomètres au nord-est de Kaboul, l’actuelle capitale. L’une des dizaines de villes fondées par Alexandre le Grand, au IVe siècle avant notre ère, sur le chemin de l’Indus.

Dentelle de terre cuite

Autre merveille dont les ruines sont en partie dégagées, la Bactres antique, détruite par Gengis Khan, la « Mère des cités » où Alexandre rencontra la belle Roxane qu’il épousa sur place. Une oasis de 16 000 km2, et sa citadelle protégée par un rempart de 11 km, doublé sur 8 km par une muraille de 25 mètres de haut et 100 mètres de large en briques d’argile crue, renforcée par dix-huit tours circulaires, dont la silhouette aujourd’hui encore impressionne.

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