« Interpol n’est pas à vendre au plus offrant »

Tribune. Le siège d’Interpol n’est pas arrivé à Lyon [Rhône] par hasard. Depuis trente-deux ans, l’Organisation internationale de police criminelle et la capitale des Gaules connaissent des destins partagés. On peut même dire qu’Interpol a été la première étape d’une prise de conscience qui devait conduire les Lyonnais à croire, de nouveau, dans leur aspiration internationale.

Evidemment, le cadre de vie, l’accessibilité et le charme de la ville ont été déterminants. Mais il faut aussi rappeler que tout, dans l’histoire de cette cité, la prédisposait à endosser une telle ambition. En ce 15 février 1985, l’unanimité de la communauté internationale se fait en faveur du Lyon cosmopolite qui, depuis toujours, a fait de son métissage sa richesse et sa capacité à agréger les langues et les cultures.

Le Lyon de Locard et Laccassagne

C’est aussi le Lyon policier qui est choisi, celui de l’excellence de la criminologie et de la police scientifique et technique d’Alexandre Lacassagne [1843-1924] et d’Edmond Locard [1877-1966], comme celui de l’Ecole des commissaires de police de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or.

Et puis, sans doute, dans l’inconscient du monde appelé à choisir l’implantation de l’organisation, il faut s’acquitter d’une grande dette envers cette ville. Cette créance est née du refus obstiné et répété opposé par Interpol aux demandes nombreuses du juge Christian Riss chargé de retrouver et de faire juger Klaus Barbie, SS boucher de cette cité durant deux années, entre 1942 et 1944.

Au moment où Lyon devient le siège de cette institution, la France a dû se débrouiller seule pour retrouver l’ancien nazi, alors incarcéré à quelques kilomètres de l’ancienne Foire de Lyon où doit se dresser le cube monumental d’Interpol. Il s’agissait, sans doute, aussi, de laver cet affront.

Après l’enlèvement abracadabrantesque et déshonorant de l’ancien titulaire chinois d’Interpol [Meng Hongwei], rappelé en Chine avant d’y être écroué, c’est aujourd’hui un nouvel affront qui risque d’emporter cette vénérable institution. En effet, le choix de son futur président semble se porter sur le général Nasser Ahmed Al-Raisi, candidat des Emirats arabes unis et, pour l’heure, seul candidat déclaré.

Une administration de tortionnaires

Cette perspective a une apparence, celle d’un chef de la police d’un pays allié de la France qui vient de faire un gros chèque au budget d’Interpol. Elle a aussi une réalité, celle d’un inspecteur général de la police accusé par des journalistes et des défenseurs des droits humains d’être à la tête d’une administration de tortionnaires dont les pratiques sont aux antipodes des règles, de l’éthique et du fonctionnement d’une police digne et respectable.

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