Iouri Bouïda, Sorj Chalandon, Simonetta Greggio, Jean-Christian Petitfils… Les brèves critiques du « Monde des livres »

Correspondance. « Mon peuple les Cheyennes. Lettres de George Bent à George E. Hyde »

C’est au « sang mêlé » George Bent (1843-1918) qu’on doit ce récit relatant l’ultime résistance du peuple cheyenne auquel l’auteur appartenait par sa mère. On y trouve notamment une description détaillée de la bataille de Sand Creek (1864), au cours de laquelle plus d’une centaine de femmes et d’enfants cheyennes furent tués sauvagement et où Bent lui-même fut blessé. Soucieux de peindre une société indienne encore puissante, ce dernier en évoque les riches heures ainsi que la culture du cheval dans les Plaines. Bent’s Fort, le poste créé par Bent père sur l’Arkansas, était un endroit idéal pour observer les tribus venant s’approvisionner et vendre leurs fourrures de bison. Eloigné à l’adolescence, Bent choisit de revenir parmi les « siens » et de combattre à leurs côtés, pour finir par les suivre dans leur exil en Oklahoma. Hanté par la certitude que l’histoire tragique des Cheyennes serait racontée du seul point de vue des Blancs, il saisit l’occasion de confier dans plusieurs centaines de lettres ses souvenirs à George E. Hyde, alors assistant de l’anthropologue George B. Grinnell. Ce livre est un condensé de cette correspondance, publiée en 1968. Un récit bouleversant et digne, devenu un grand classique. La voix des « vaincus » de l’Ouest. M.-H. F.

« Mon peuple les Cheyennes. Lettres de George Bent à George E. Hyde », traduit de l’anglais (Etat-Unis) par Gilbert David, Le Rocher, 456 p., 22 €, numérique 18 €.

Essai. « Voir les savoirs. Lieux, objets et gestes de la science », de Jean-François Bert et Jérôme Lamy

Ce ne sont pas que des intuitions de génie mais aussi des bouts de papier découpés, appelés parfois papillons, qui servirent au botaniste Carl von Linné pour élaborer au XVIIIe siècle son système de classification des espèces végétales. Il faut « prendre au sérieux cette matérialité savante », affirment les sociologues et historiens des sciences Jean-François Bert et Jérôme Lamy. Le ciel des idées est loin de suffire à la pensée. Il faut des lieux, des corps, des fiches, une bibliothèque, un laboratoire, une table ou encore un bureau-collection de coquillages, comme dans le cas du psychologue Jean Piaget.

Tout un faisceau de théories développées à partir des années 1960 a contribué à marquer un tournant à la fois spatial, matériel et pratique dans l’étude des sciences. L’Archéologie du savoir, de Michel Foucault (Gallimard, 1969), est bien sûr évoqué, ainsi que l’histoire des cultures matérielles ou l’approche anglophone des Science and Technology Studies, pour ne citer que quelques-unes des références traitées par cette stimulante étude de ces médiations matérielles à travers lesquelles nos savoirs engagent un rapport au monde. D. Z.

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