Isabel Marant, créatrice de mode : « Si on veut être écologique, il faut tout simplement moins consommer. Point barre »

Isabel Marant, à Paris.

Dans son QG de la rue des Petits-Champs, à deux pas de la place des Victoires, Isabel Marant nous accueille, grand sourire, avec sa timbale en faïence bretonne entre les mains. Le fameux « bol prénom » fait sur mesure respecte l’orthographe du sien : « Isabel ». En ce moment, il la suit partout comme un nouvel accessoire, non pas pour boire son café mais pour éviter de disperser des miettes de tabac quand elle roule ses cigarettes. Vêtue d’un top fleuri asymétrique à la manche bouffante et d’un mini-bermuda, grigri autour du cou, elle nous reçoit à l’heure du déjeuner, entre deux essayages.

Le 30 septembre, la créatrice présentera sa nouvelle collection femme avec un show en présentiel. Elle fait partie des trente-sept marques qui défileront physiquement à Paris cette saison. La fashion week lui a-t-elle manqué ? Non, étrangement. « J’ai trouvé bien d’avoir l’opportunité de réfléchir à autre chose. Cela nous a aussi donné l’occasion d’échanger avec des talents issus de disciplines différentes. Les défilés qui s’enchaînent, c’est très répétitif en fin de compte… Ça fait du bien de faire une pause de temps en temps quand on est coincé dans la roue du hamster. Mais je suis quand même ravie de refaire un défilé parce que ça reste à mes yeux l’une des façons les plus efficaces de présenter une collection. »

Eclats de vinyle bleu électrique

Pendant la pandémie, la créatrice a ainsi eu le loisir d’expérimenter un nouveau format : les « défilmés » – la formule est d’elle, lancée au micro du journaliste Loïc Prigent –, ces vidéos créées en période de confinement pour combler l’absence de shows. Pour mettre en film sa collection automne-hiver 2020-2021, elle a choisi de travailler avec le réalisateur français Simon Cahn. « Son univers correspondait à l’énergie que j’avais envie de transmettre : je voulais envoyer une espèce de shot d’adrénaline avec un mini-clip, plutôt que réaliser un film-fleuve. »

Elle a ajouté une bande-son sur mesure, développée par Gabber Eleganza (du nom du projet artistique créé par Alberto Guerrini, DJ italien passionné par la culture hardcore), qui fait écho au décor brutaliste du lieu de tournage. « On ne s’est jamais rencontrés, mais il y a une vraie affinité musicale entre nous. Pour ce clip, je lui avais dit : “Je voudrais une vibration un peu westernish ; écoute Ennio Morricone et Ry Cooder, et fais-moi une sauce modernisée un peu electro.” »

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Dans les silhouettes, on reconnaît instantanément la patte Marant, ce mélange d’androgynie et de vieilles dentelles, ces coupes easy-to-wear et ces motifs brodés. Des total looks en guipure crèvent l’écran, des robes à l’esprit folk en panne de velours fleuri côtoient de gros pulls en maille aux détails sportswear, le tout réveillé par des éclats de vinyle bleu électrique. « Dans mon travail, la matière est primordiale. Je ne suis pas quelqu’un qui dessine, je fais plutôt des croquis d’intention. Je passe très vite à la 3D : le volume, c’est ce qui m’intéresse le plus. » Sur son bureau, on remarque des piles de maquettes de tissus, d’essais de finitions, de silhouettes miniaturisées réalisées à partir de collages. « J’ai besoin de beaucoup expérimenter. »

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