Isabella Rossellini : « Si vous me demandez à quel siècle j’aurais souhaité vivre, c’est bien celui-ci ! »

Isabella Rossellini à Paris, en 2017.

Isabella Rossellini a toujours assumé une singularité rafraîchissante dans le monde du cinéma et du mannequinat. A 69 ans, l’actrice et mannequin italo-américaine poursuit son étonnante carrière en partageant sur scène, avec beaucoup d’humour, sa passion des mœurs animales.

Je ne serais pas arrivée là si…

… Si je n’avais pas fait preuve d’audace en m’inscrivant à l’université à l’âge de 55 ans. Avouez que ce n’est pas un âge classique pour faire son entrée universitaire, mais ce fut une idée géniale qui m’a permis d’étudier l’éthologie, la science du comportement des animaux – une passion depuis mon enfance – et qui a donné à ma vie une nouvelle impulsion. Je traversais alors un désert professionnel. J’avais travaillé toute ma vie comme mannequin et actrice, et voilà que vers 45 ans, le téléphone s’était brutalement arrêté de sonner. Les contrats s’étaient raréfiés, les rôles avaient disparu. Rideau sur la femme mûre ! Ma mère m’avait prévenue : entre 45 et 60 ans, toutes les comédiennes connaissent un creux. Mais que cela m’arrive à moi m’a stupéfiée. Comme ce soudain rebond de carrière, la soixantaine venue. C’est incroyable : je suis assaillie de sollicitations alors que j’approche des 70 ans ! Mais voilà : entre-temps, j’ai acquis un master en éthologie et cela m’a ouvert d’autres horizons.

Lesquels ?

Je me suis mise à écrire, produire et interpréter plusieurs séries de petits films sur les mœurs des animaux (Green Porno) ; une pièce sur le même thème (Bestiaire d’amour), sous forme de long monologue coécrit avec Jean-Claude Carrière ; et des spectacles-conférences (Le Sourire de Darwin et La Migraine de Darwin) comme ceux que j’ai donnés en juillet au Musée d’Orsay à Paris… C’était fabuleux de me retrouver dans un musée aussi prestigieux et de raconter – à ma façon – Darwin, son génie, ses découvertes, sa théorie de l’évolution… et sa perplexité devant la queue du paon. Figurez-vous qu’elle lui donnait la migraine ! Comment, se demandait-il, expliquer une telle splendeur ? J’ai désormais quelques connaissances scientifiques, mais je suis avant tout une raconteuse d’histoires. Alors quelle joie de conter le monde animal ! D’autant que j’ai une petite ferme bio sur laquelle je vis, à une heure et demie de New York, et où j’élève des poules, des moutons, des abeilles.

Vous n’aviez pas fréquenté l’université à Rome ?

Non. J’y avais fréquenté l’Académie du costume et de la mode pour devenir costumière. J’avais un peu travaillé pour un petit théâtre et comme assistante de la première épouse de mon père, Roberto Rossellini, qui faisait les costumes pour chacun de ses films. Et puis, je me suis envolée pour l’Amérique afin d’apprendre l’anglais. Là, à New York, on m’a proposé de faire des photos pour Vogue. C’était totalement inattendu. Mais que planifie-t-on dans la vie ? Je me suis dit pourquoi pas ? c’est marrant, et quand je serai vieille, je pourrai dire à mes petits-enfants : regardez, j’ai été très belle ! Vogue m’a même photographiée une fois !

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