« #J’accuse… ! », « On m’appelle la mort », « Madeleine, résistante » : nos choix de bandes dessinées

LA LISTE DE LA MATINALE

Une rentrée littéraire de belle qualité s’offre, cette année encore, aux lecteurs de bande dessinée. Proposée par « La Matinale », la sélection mensuelle des meilleurs albums du moment de la rédaction du Monde reprend son cours avec une liste d’ouvrages publiés en cette fin août.

« #J’accuse… ! » : l’affaire Dreyfus vue à travers le prisme des médias d’aujourd’hui

« #J’accuse… ! », de Jean Dytar

Et si l’affaire Dreyfus se déroulait aujourd’hui ? Quel traitement en feraient les médias actuels – réseaux sociaux, chaînes d’information en continu et autres ? Jean Dytar offre une plongée aussi anachronique que vertigineuse dans la crise qui fractura la société française à la fin du XIXe siècle et au début du suivant. Objet hors-norme de 300 pages en format italien, #J’accuse… ! reprend, à la lettre, parmi les écrits et les paroles les plus symptomatiques de l’affaire, dans une mise en scène composée de tweets, de « like », de hashtags, d’interviews, de fake news, de pétitions en ligne, de débats en direct – le tout dessiné dans le style de l’époque, à grand renfort de hachures.

Le cortège de haine et de violence ayant sévi entre la condamnation du capitaine Dreyfus (1894) et sa libération (1899) renvoie à l’emballement médiatique qui s’empare de certaines affaires contemporaines, l’hystérie en prime. Une grosse dizaine d’heures est nécessaire à la lecture de cet épatant documentaire graphique, que vient enrichir un prolongement numérique, fait de notices biographiques et de fac-similés des sources citées. F. P.

« #J’accuse… ! », de Jean Dytar, Delcourt, 312 p., 29,95 €

« Du bruit dans le ciel » : survol de la France périurbaine

« Du bruit dans le ciel », de David Prudhomme

Tout le monde n’a pas eu la chance de grandir à Grangeroux, lieu-dit des environs de Châteauroux, devenu un quartier périurbain fourni en ronds-points et pavillons. David Prudhomme, si. Le dessinateur a doublé l’exercice toujours délicat de l’autobiographie d’un examen quasi sociologique de son environnement d’origine, situé à une encâblure d’une ancienne base militaire de l’OTAN.

Entre 1951 et 1967, quelque 8 000 soldats de l’US Army ont vécu sur place, transformant Châteauroux en un petit coin d’Amérique. Les soldats partis, l’aéroport de la base allait alors devenir l’objet d’étonnantes convoitises. Des cargos venus d’Irak y décolleront pour acheminer des armes de guerre ; des prototypes de l’aviation civile (Concorde, A380…) s’y entraîneront, au prix d’un barouf d’enfer ; un consortium d’entreprises chinoises, enfin, lorgnera sur le site dans l’idée d’installer des unités d’assemblage.

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