« J’ai 24 ans, je suis célibataire et j’entends dire que les talibans font la traque des Afghanes célibataires » : une étudiante de Bamiyan, au centre de l’Afghanistan

Des talibans devant un salon de beauté, dont les affiches représentant des femmes ont été taguées, le 18 août, à Kaboul.

« J’ai peur. J’observe depuis quelques jours que les drapeaux blancs des talibans ont remplacé les drapeaux tricolores de l’Afghanistan.

Ils sont les nouveaux maîtres de Bamiyan. Ma ville natale, connue pour ses deux bouddhas [détruits en 2001 par les mêmes insurgés], est tombée le 15 août, sans guerre. Le gouverneur a fichu le camp. Depuis, comme beaucoup d’autres Afghanes, je ne sors pas dans la rue. Je suis inquiète pour moi, pour mon avenir. Les talibans, eux, se baladent triomphalement dans la ville, à bord des voitures gouvernementales qu’ils ont saisies. Ils prennent la nourriture des gens par la force. Bamiyan est désormais leur ville, comme tout le reste de l’Afghanistan.

« Dans mon ordinateur, je n’ai pas encore eu le cœur de supprimer les photos de notre club, sur lesquelles on nous voit, filles et garçons, en train de faire du vélo. Je les ai mises dans un fichier et j’ai choisi l’option “cacher” »

Je fais partie d’un club de vélo. Dans ce groupe, beaucoup de mes camarades sont déjà partis. Une de mes amies est allée à Kaboul. Je ne sais pas si elle y est toujours. Moralement, je ne vais pas bien. Je n’arrête pas de pleurer. Je me demande si je pourrai continuer à faire du vélo, à étudier. Cette année, j’envisageais de m’entraîner pour faire partie de l’équipe nationale féminine de vélo d’Afghanistan. Et j’avais déjà commencé à étudier l’anglais pour postuler en master de géologie. Avec l’arrivée des talibans, il est très peu probable que nous, les femmes, puissions aller à l’université et travailler.

J’ai mis tous mes vêtements de sport dans un carton que j’ai dissimulé, pour éviter que les talibans les trouvent, si jamais ils font irruption chez nous. Dans mon ordinateur, je n’ai pas encore eu le cœur de supprimer les photos de notre club, sur lesquelles on nous voit, filles et garçons, en train de faire du vélo. Je les ai mises dans un fichier et j’ai choisi l’option “cacher”. J’ai 24 ans, je suis célibataire et j’entends dire que les talibans font la traque des Afghanes célibataires. Je crains d’être obligée de me marier avec un membre des talibans. Je ne sais pas ce qui m’attend.

Je suis hazara [minorité chiite en Afghanistan et cible des talibans, islamistes sunnites]. Les talibans ne reconnaissent pas notre obédience. La dernière fois qu’ils ont été au pouvoir [de 1996 à 2001], ils ont massacré de nombreux Hazaras. A l’époque, ma famille s’est réfugiée en Iran.

De nouveau, nous serons probablement contraints de nous exiler. Déjà, mon frère aîné, qui était employé par une organisation américaine, est parti il y a quelques jours au Pakistan. Il a eu peur à cause de cette rumeur selon laquelle les gens qui ont travaillé pour les étrangers ou pour le gouvernement se feraient arrêter ou tuer par les talibans.

Je pense aujourd’hui à me réfugier au Pakistan ou en Iran. Mais je n’ai pas de passeport
et le bureau des passeports à Kaboul est fermé. La France donne-t-elle des visas ? Quelles sont les conditions ? »

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