« J’ai aimé vivre là » : Régis Sauder donne corps et image à l’utopie futuriste de Cergy-Pontoise

« J’ai aimé vivre là » (2021), documentaire réalisé par Régis Sauder.

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Régis Sauder aime à prendre le pouls des villes. Après le remarquable Retour à Forbach en 2017 – radiographie intime et politique de sa ville natale à l’heure de la désindustrialisation et de l’extrême droitisation –, le voici en arpenteur de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise), où le hasard d’une rencontre avec la romancière Annie Ernaux, lors de la présentation de son film, l’amène justement à filmer celui que l’on découvre aujourd’hui.

L’écrivaine habite la ville depuis sa création, dans les années 1970. Elle lui fait visiter ce témoignage d’une utopie architecturale qui s’inscrit dans le chantier des villes nouvelles mis en œuvre autour de Paris par Paul Delouvrier voilà cinquante ans.

Une pensée futuriste d’apaisement, de bien-être, habite les lieux. Trafic automobile contenu à la périphérie, préservation de la sécurité des enfants et de l’éducation, construction ex nihilo, en harmonie avec le paysage, sous forme d’amphithéâtre magnifiquement lové dans une boucle de l’Oise.

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L’impression de la ville associée au souvenir vif de la visite qu’il en fit lui donne l’idée d’une forme qui serait fidèle à l’une et à l’autre de ces expériences. Aller à la rencontre des gens, de toutes origines, de tous âges, et saisir le lien fort qui les retient au lieu, tout en leur demandant de s’emparer d’extraits de livres de la romancière (Journal du dehors, de 1993, et La Vie extérieure, de 2000, pour l’essentiel) touchant à la ville, et de les lire.

Riche portrait de la diversité

Il en ressort un portrait riche de la diversité de ce pays, une ode paisible au bien-être, au souci du commun, à l’entrelacs réussi du bâti et de la nature, à la tolérance de tous envers tous. Ce qu’en écrit Ernaux, ce qu’en disent les gens qui, comme elle, ont élu domicile dans cette ville aux volumes futuristes, est assez incroyable.

En dépit des inquiétudes qui pointent, de la conscience que l’utopie malgré tout s’éloigne, ici, les personnes disent, par exemple, qu’elles ont l’impression « de vieillir moins vite ». A-t-on souvent entendu un citadin de n’importe où s’exprimer ainsi ?

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C’en est au point que l’on soupçonne Régis Sauder d’irénisme, que son film nous dépeint une ville telle qu’il la rêve plutôt que telle qu’elle existe. Et la vérité est d’admettre que, n’étant point de la ville, n’y ayant jamais mis les pieds, l’on n’en sait strictement rien. On pourrait aussi bien regretter que Régis Sauder ne nous donne pas davantage à comprendre ce que fut l’histoire architecturale et urbanistique de la ville. Mais tel n’est visiblement pas son propos. Sauder préfère effleurer, s’en tient aux sensations. On imagine qu’il suffirait à son bonheur de donner l’envie à son spectateur de déménager séance tenante en ces lieux. De ce point de vue, le film est une vraie réussite.

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