« J’ai passé une semaine face à un mur, sans parler » : comment Clément est devenu Tōzan, moine zen

Le 15 septembre 2021, Clément Sans est devenu moine zen dans un temple bouddhiste japonais.

Bien que de culture protestante par sa mère et catholique par son père, Clément Sans a grandi dans univers laïque. Il n’a pas fait sa communion, ne va pas à la messe et n’est même pas baptisé. Pourtant, la religion fait partie de son paysage mental. Elle l’intrigue depuis toujours. Surtout quand sa grand-mère raconte les hauts faits de résistance de certains protestants dans un petit village de la Beauce.

Mais Clément assure : « Ma recherche spirituelle fut indépendante car je n’avais hérité aucune pratique familiale. » C’est par la littérature et la philosophie qu’il commence à s’intéresser à ces sujets. Il découvre la connexion qui existe entre l’Occident et le Japon par Heidegger et l’école de Kyoto. A cela s’ajoutent ses lectures de René Guénon (1886-1951), penseur ésotérique et, dans le cadre de son master d’urbanisme, d’Augustin Berque, géographe spécialiste du Japon, qui invitent son regard à se tourner vers l’Orient.

« C’est d’abord la philosophie qui m’a poussé à interroger le bouddhisme en profondeur, mais je ne pouvais me satisfaire d’une approche uniquement littéraire et intellectuelle », raconte-t-il. Il multiplie les rencontres à partir de 2015 : il discute avec des maîtres soufis à Paris et se rapproche d’amis catholiques mystiques. A Grenoble, où il étudie, il est initié à la franc-maçonnerie. A Avignon, où il se rend pour le travail, Clément fréquente une église orthodoxe grecque – l’occasion d’échanger avec un prêtre qui partage sa vie entre la Provence et le mont Athos.

Le Japon, pays « le plus incompréhensible du monde »

Le jeune homme cherche sa voie. Mais il ne parvient alors pas à rentrer en résonance avec les spiritualités auxquelles il s’intéresse. « Il y a un excès de sentimentalité dans le christianisme qui, s’il est maîtrisé, peut être une force. Mais c’est aussi un grand risque. Cette sentimentalité exacerbée n’existe pas du tout dans le bouddhisme », estime-t-il. « C’est la voie spirituelle la plus lointaine qui soit pour les Occidentaux et le Japon est le pays le plus incompréhensible du monde », soutient Clément, qui décide de s’en approcher.

En 2017, il commence à pratiquer au dojo zen de Paris, rue de Tolbiac. Il s’initie à une approche très radicale et très pure, centrée uniquement sur la méditation, qui le séduit tout de suite. « C’est une méditation sans objectif, sans louange, sans demande », décrit-il. L’atmosphère générale et le contact avec les gens forcent sa décision. En 2018, Il part pour le Japon avec un visa étudiant. Il atterrit à Kyoto, ville connue pour sa grande concentration de temples. Il suit des cours de japonais dans une école de langue, devient guide touristique pour gagner sa vie.

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