Jazz : à Sète, les notes extravagantes et parfaites de Sylvain Luc

Sylvain Luc (guitare), André Ceccarelli (batterie) et Thomas Bramerie (basse) en concert, le 17 juillet 2021, au Théâtre de la Mer dans le cadre du festival Jazz à Sète.

Jazz à Sète, samedi 17 juillet, 21 heures, demi-lune. Soirée « Sylvain Luc & Friends » en trois actes : solo, duo (avec Biréli Lagrène), trio (avec Thomas Bramerie, basse et André Ceccarelli, batterie). Ici, même les partenaires ont du génie : voir Benjamin Moussay (claviers) dans le groupe de la trompettiste Airelle Besson.

Quand Sylvain Luc s’installe sur la scène du Théâtre de la Mer, aisance discrète et souriante, la musique en personne tombe, foudre douce, des étoiles. Pas le moindre tic de guitariste, pas d’attitude à la noix, ce sourire de BD, un rayon d’innocence et d’envie, le jeu même… Une guitare, six cordes et quelques doigts, deux ou trois machines tout de même pour faire des boucles, des ronds dans l’eau, si peu que rien, l’invention à l’état chimiquement pur, la scène est sa vie.

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Sylvain Luc enchaîne les idées musicales qui rôdent dans son dernier album (Sylvain Luc by Renaud Letang, Just Looking Productions), les renouvelle, les diffracte. L’affaire prend vite une ampleur imprévue. Le ciel de Sète se remplit de notes extravagantes et parfaites. La musique se met à trembler, à vivre, à vibrer en tous sens et s’alanguir dans toutes les directions…

Sylvain Luc ne joue pas de la guitare, encore moins du jazz ou de la java. Il saurait, d’ailleurs. Il vient d’une famille de musiciens de bal avec qui il a débuté. Sans partition ni partitif, il joue la musique même, la met en jeu, la déjoue, et lâche sans s’en faire ni en faire une affaire, les chevaux de ses mémoires.

Poètes hors pair

Biréli Lagrène le rejoint. Le monde va changer de face. Comment peut-on ignorer ces deux poètes hors pair, et se réfugier derrière d’inusables âneries ? Choix héroïque en somme, ce duo enregistré en 1999 par Francis Dreyfus, se forme et se déforme au gré des temps… Savent-ils où ils vont ? Répètent-ils (quelle idée !) ?

Ils se retrouvent, se trouvent, se préviennent, se devinent, se surprennent, se font des niches, se comprennent, anticipent, atteignent à deux des sommets invisibles, et au bord des chemins, l’ignorance apeurée prend encore le « free » pour une histoire de rivalité, de compétition, etc. C’est triste d’ignorer à ce point l’amour et l’amitié…

L’amitié, acte trois. Ceccarelli lance un de ces feuilletés de cymbales où divague quelque rythme brésilien. Luc reprend immédiatement au vol et le thème bascule. A ce degré de maîtrise et de non-savoir, l’improvisation aurait plutôt à voir avec la libre circulation des inconscients et quelque tour de magie. Il faut oser, respecter, faire confiance à l’autre. Seuls d’immenses musiciens qui se savent sans en rien dire… Soirée au long cours où se tient toute la philosophie de Jazz à Sète, cette invention de Louis Martinez, guitariste, tiens donc, sexagénaire à la silhouette de collégien.

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