« Je n’ai pas su voir ni entendre. Comment faire face à la tentative de suicide d’un proche ? », un témoignage à deux voix

Livre. Les conséquences psychiques de la crise sanitaire, notamment des phases de (re)confinement, ont mis en évidence de manière criante l’état du système de soins en matière de santé mentale. Aux appels nombreux des psychiatres et des pédopsychiatres à une refondation du secteur vient se joindre aujourd’hui la voix de Mémona Hintermann. Au vif de son expérience, entre sidération et indignation, le séisme intime qu’a constitué pour elle, il y a tout juste un an, la tentative de suicide de son mari, ainsi que leur parcours pour surmonter une déflagration qui a touché leur famille.

A l’automne 2020, à l’orée de la deuxième vague de Covid-19, la journaliste et son époux, Lutz, décident, par précaution, de vivre à nouveau à distance : elle à Paris, lui dans leur maison de Capbreton (Landes). Sans savoir que la solitude et l’isolement du premier confinement ont amené ce dernier à renouer avec une vieille compagne : l’alcool. Le 17 septembre, alors qu’elle lui envoie un banal « Ça va ? », elle reçoit en retour l’aveu d’une profonde détresse – « une première en trente ans » pour cet homme secret, pudique – qui la fait vaciller. S’ensuit une longue nuit de silence et d’angoisse avant qu’au petit matin on le retrouve dans sa voiture, les poignets tailladés avec, à son côté, une bouteille d’alcool fort et des anticoagulants. Emmené à l’hôpital psychiatrique de Dax, il est rendu aux siens une semaine plus tard, avec une simple ordonnance et le numéro de téléphone d’une association débordée.

Le combat d’une vie

Afin de garder le cap et de contenir sa colère, ne pas avoir su voir ni entendre le mal-être de Lutz, mais aussi pour repousser la culpabilité et le ressentiment qui la taraudent, l’ancienne grande reporter va trouver une alliée dans l’écriture. Pour elle, pour son mari aussi qu’elle incite à écrire, à mettre en mots sa souffrance longtemps noyée dans l’alcool, à remonter ensemble à l’origine du déraillement, au « traumatisme absolu » de la perte de sa fille née d’un premier mariage mais également d’une enfance allemande prise dans la tourmente de la guerre et de l’exode.

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Tout au long de ce récit poignant et cathartique à deux voix, où elle évoque un quotidien sur le « qui-vive », – « les preuves de vie sont nécessaires chaque matin » –, la journaliste n’est jamais loin : elle rappelle comme une antienne les chiffres du suicide en France – 9 000 personnes par an, soit l’un des taux les plus hauts d’Europe. Et dénonce les défaillances d’un système de soins psychiatriques – le manque de personnel et d’infrastructures, les problèmes liés à la sectorisation – qui les ont laissés, elle et son époux, esseulés pendant plusieurs semaines avant de trouver l’aide nécessaire à Garches (Hauts-de-Seine).

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