« Je suis tellement hétéro que je n’arrive même pas à embrasser une fille, et ça me rend triste » : plongée dans les nouvelles amours adolescentes

Par

Publié aujourd’hui à 00h47

Quoi qu’en pense le duc de Bavière qui, à l’âge de 87 ans, a fait de son coming out un événement mondain au château de Nymphenbourg, à Munich (Allemagne), le bel usage des collégiens et lycéens est d’en finir avec l’injonction de dire, d’officialiser et de justifier leur désir. Comme le répètent, à chaque épisode, Elise Goldfarb et Julia Layani, les jeunes instigatrices du podcast « Coming Out », lancé en février 2020 sur Spotify : « Nous, notre rêve, ce serait de vivre dans un monde où on n’aurait même plus besoin de faire de coming out. » Parmi leurs invités, le rappeur Eddy de Pretto retrace sa difficile sortie du placard et revendique pour ses bébés fans la possibilité de partir d’une « base neutre ». « On devrait être dans une attirance plurielle et, après, se dire vers où on va. Ça doit être ça la norme », estime l’auteur-compositeur de A tous les bâtards, album sorti en mars.

Lire l’enquête : Article réservé à nos abonnés Quand les chanteuses préfèrent les femmes

En écoutant l’entretien dans sa salle de bains, Suzanne, 15 ans, a hoché la tête : comme la plupart de ses camarades « humanosexuels », elle tombe d’abord amoureuse d’une personne avant de relever son genre, son sexe ou son orientation. « J’ai eu la chance d’étudier dans un collège du 4e arrondissement parisien, berceau de la gay pride, et d’avoir intégré un lycée à horaires aménagés qui accueille des chanteurs comme moi et des danseurs. Ici, il n’y a que des filles qui s’autorisent à être bi et que des mecs en crop top », décrit-elle.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Sur Instagram, la nouvelle génération de l’éducation sexuelle

Comme Vic dans La Boum 2, Suzanne s’est acheté un téléphone en plastique crème avec un fil qui s’enroule, porte une veste en jean oversize, vit des histoires d’amour qui lui font des hauts et des bas, et en parle à ses parents quand le chagrin est trop lourd. « Qu’est-ce que tu as, Suzanne ? C’est un garçon ? », se sont-ils inquiétés avant l’été. « La fille que j’aime est en couple avec une autre fille », a-t-elle confié à son père, éditeur de guides touristiques. N’en déplaise au duc de Bavière, l’adolescente, suffisamment absorbée par sa peine et son « coming in » (l’acceptation de son attirance homosexuelle), n’a pas fait d’annonce officielle.

Neutralité sexuelle

Attirée par les filles un peu masculines type Emma Watson quand elle avait la coupe garçonne – « tout le contraire de moi », glisse-t-elle dans un sourire de star qui vous laisse du rouge sur la joue – et les garçons un peu féminins type Finn Wolfhard de la série Stranger Things, Suzanne a confirmé avec soulagement sa neutralité sexuelle en faisant comme la plupart de ses camarades un test sur Internet. Psychologies.com, d’après ses souvenirs. « Je suis bi à 70 % », pose-t-elle, plus pointue que Lindsay Lohan, Lady Gaga, Katy Perry ou encore Kristen Stewart. « Etre bi, c’est un signe d’ouverture d’esprit », assure-t-elle, satisfaite de savoir que sa petite sœur âgée de 7 ans a embrassé une fille dans la cour de récréation.

Il vous reste 79.66% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.