Jean Bellorini : « Le théâtre populaire est une chimère infinie »

Jean Bellorini, directeur du Théâtre national populaire, à Villeurbanne (Rhône), le 29 juin 2021.

« A quoi bon célébrer un centenaire échu et différé ? A quoi bon, en ces temps incertains, afficher en ouverture de saison une suite de causeries, d’évocations, de témoignages, d’hommages, alors que chacun est avide de viande fraîche, impatient de découvrir du théâtre, du théâtre neuf, inédit, encore confiné, en attente de scène et de public ? » L’homme qui s’interroge ainsi s’appelle Michel Bataillon. Dramaturge, traducteur, il a accompagné Roger Planchon au TNP (Théâtre national populaire) de Villeurbanne (Rhône) pendant trente ans et cofondé le Théâtre de la Commune d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) avec Gabriel Garran, au début des années 1960. Aujourd’hui, il accompagne Jean Bellorini, l’actuel directeur du TNP, pour les 101 ans de la maison.

A quoi bon célébrer, en cette rentrée 2021, alors que les théâtres sont restés fermés pendant des mois à cause de l’épidémie de Covid-19, les 100 ans – devenus 101 ans au passage – d’existence du Théâtre national populaire ? Michel Bataillon a sa réponse. « Parce que les pères fondateurs furent des artistes audacieux, des citoyens lucides, courageux, en un mot des types épatants dont les exploits civiques et scéniques sont mémorables », dit-il.

« Double filiation »

Jean Bellorini, qui a 40 ans cette année et a pris la direction du TNP de Villeurbanne en janvier 2020, en pleine crise sanitaire, a la sienne. « Cette dimension historique du Théâtre national populaire est importante à rappeler aujourd’hui, d’abord parce qu’elle n’est pas connue dans les détails, souligne-t-il. Elle se résume souvent à quelques phrases célèbres de Jean Vilar, à l’image de celle où il dit que “le théâtre est une nourriture aussi indispensable à la vie que le pain et le vin”, ajoutant que “le théâtre est, au premier chef, un service public. Tout comme le gaz, l’eau, l’électricité”. Il me semblait important de se pencher sur ces cent ans d’existence, sur la conscience que ce fut cent ans de combats, pour envisager les cent ans à venir. »

Lire l’entretien avec Jean Bellorini (2020) : « Je crois au langage comme arme »

« Jean Vilar et Roger Planchon incarnent deux visions, deux branches du théâtre populaire. Entre eux, il n’y a pas continuité, il y a rupture », explique Jean Bellorini

Ce qui a le plus frappé le directeur du TNP, c’est « à quel point cette histoire est coupée en deux, avec une double filiation ». Si l’actuel TNP de Villeurbanne peut célébrer son centenaire, c’est parce qu’il est l’héritier du Théâtre national populaire créé en 1920 par Firmin Gémier au Palais de Chaillot, à Paris. En 1951, Jeanne Laurent, qui est à la tête, au ministère de l’éducation nationale, de la sous-direction des spectacles et de la musique (le ministère de la culture n’existe pas encore), propose à Jean Vilar de redonner vie au TNP, toujours à Chaillot. En 1972, le label TNP est transféré au Théâtre de la Cité de Villeurbanne, fondé en 1957 par Roger Planchon.

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