Jean-Claude Grumberg remporte le prix littéraire « Le Monde » 2021 pour « Jacqueline Jacqueline »

Jacqueline Jacqueline a valu à Jean-Claude Grumberg de remporter le prix littéraire Le Monde 2021, qui a lui a été remis, mercredi 8 septembre, dans les locaux du journal.

Cette déclaration d’amour à son épouse, morte en 2019, a emporté par sa liberté et sa sincérité l’enthousiasme du jury. Présidé par Jérôme Fenoglio, directeur du Monde, celui-ci est composé de journalistes travaillant au « Monde des livres » (Jean Birnbaum, Florent Georgesco, Raphaëlle Leyris, Macha Séry et Nicolas Weill) et aux quatre « coins » du Monde : Emmanuel Davidenkoff (Développement éditorial), Zineb Dryef (M, le magazine du Monde), Gaëlle Dupont (« Planète »), Clara Georges (« L’Epoque »), Raphaëlle Rérolle (« Grands reporters »), Solenn de Royer (Politique) et Alain Salles (International). Jacqueline Jacqueline succède à Elle a menti pour les ailes, de Francesca Serra (Anne Carrière).

Dans cette adresse à l’absente, l’humour accompagne une mise à nu qui n’est jamais obscène. Derrière la fierté d’avoir été aimé par une femme dont il se demande s’il méritait son amour se profile l’autodérision du veuf désormais abandonné à lui-même. Dans ses descriptions du grand âge, l’ouvrage atteint parfois, par le sarcasme, la violence de Malone meurt, de Samuel Beckett (Minuit, 1951). Mais ici, la destruction se double d’une tendresse qui mène le lecteur moins vers l’effroi que vers la sympathie rendue à son sens originel : l’art de souffrir, pleurer et rire ensemble.

Etre primé pour un texte si personnel a ému Jean-Claude Grumberg : « Je suis très touché. déclare-t-il au « Monde des livres ». C’est le triomphe de l’amour. Cela me fait plaisir pour Jacqueline. »

« Obtenir un prix décerné par des journalistes ouverts sur le monde, c’est pour moi un symbole très important. Je lis Le Monde depuis vingt-cinq ans, et depuis quelques années particulièrement la rubrique nécrologique », ajoute-t-il en souriant. Une forme d’aboutissement, pour un écrivain qui rappelle avoir commencé sa carrière comme apprenti tailleur au côté du romancier André Schwarz-Bart (1928-2006) et du réalisateur et écrivain Robert Bober.

Jean-Claude Grumberg, qui se définit comme « un conteur tragique qui cherche à faire rire », veut que l’on considère son texte comme un « livre qui exalte aussi la vie ». Il supporte mal « ces écrivains qui se complaisent à montrer que le monde est invivable. Pourquoi faire des enfants, alors ? L’autre jour, j’ai vu dans la rue une petite fille en train de rire. J’ai envie qu’elle continue, malgré les glaciers qui fondent. Tant qu’on n’est pas dans l’eau jusqu’au cou, il faut donner envie de vivre. C’est le triomphe de Jacqueline. »