Jean-François Carenco : « Depuis dix ans, l’énergie, c’est la vache à lait de l’Etat »

Le président de la Commission de régulation de l’énergie, Jean-François Carenco, à Paris, le 14 octobre 2021.

L’envolée des prix de l’énergie tient en partie à la forte reprise de l’activité économique post-Covid. Au-delà de la crise actuelle, la question de la fiscalité devra se poser, selon Jean-François Carenco, le président de la Commission de régulation de l’énergie, autorité administrative indépendante chargée de veiller aux marchés de l’électricité et du gaz en France.

Malgré son parc nucléaire, la France pâtit de la flambée du gaz à l’étranger. Pourquoi le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, considère-t-il le marché européen de l’électricité comme « aberrant » et « obsolète ». Qu’en pensez-vous ?

Il s’agit d’une erreur de termes. Je suis contre les raisonnements binaires. L’Europe permet d’abord à la France d’exporter notre électricité nucléaire. Il s’agit d’une source de revenus considérable. Ensuite, l’interconnexion européenne permet la sécurité d’approvisionnement : c’est indispensable à la France quarante jours par an. Sans le réseau européen, il faudrait construire une vingtaine de centrales au gaz dans le pays.

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Mais le marché pousse aussi la population française à payer plus cher pour son énergie…

D’abord, du fait du marché, nous l’avons longtemps payée moins chère. Mais parlons des prix de l’électricité en France : pour le citoyen qui est toujours aux tarifs réglementés, ils ont augmenté de 2 % cette année, soit le niveau de l’inflation. C’est un mensonge de dire que l’électricité flambe pour le particulier. Et ce ne sera pas le cas en 2022, puisque le gouvernement s’est engagé sur une hausse de 4 % maximum dans cette crise mondiale.

Sans un blocage des prix, le gouvernement s’attendait à un bond d’environ 12 % pour le tarif régulé d’électricité en février 2022. Quant à celui du gaz, il a déjà augmenté de près de moitié depuis le début de l’annéee, jusqu’au gel annoncé pour novembre.

D’abord, le prix du gaz se situait à un niveau très bas fin 2020. Mais il est vrai qu’une augmentation très forte s’observe depuis juillet, près de 40 %. Cette crise favorise clairement le chauffage électrique et donne un coup au moral aux défenseurs du gaz. Certaines personnes commencent à se dire : “Si le gaz augmente de cette façon, finalement, ceux qui conseillent de s’en passer n’ont peut-être pas tort.”

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En octobre, dans son baromètre annuel, le médiateur national de l’énergie a souligné une situation « préoccupante » de précarité énergétique dans la population. Faut-il y voir un échec de l’ouverture du marché à la concurrence, en 2007 ?

Qu’il y ait des personnes en difficulté, c’est une vérité. Mais ce n’est pas le prix de l’énergie, en tout cas pas celui de ceux chauffés à l’électricité, qui en est l’unique responsable. Dire que, en raison de la précarité énergétique, il faut changer le système de marché, je trouve que ce n’est pas honnête intellectuellement. Est-ce le prix de l’énergie qui vous met en précarité, ou est-ce le prix des loyers, le prix de tout ce qui augmente ?

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