« Jean-Luc Lagardère voulait créer un géant des médias et asseoir une dynastie familiale. Il n’aura obtenu ni l’un ni l’autre »

Comme un fruit mûr. En cette fin d’été 2021, Vincent Bolloré n’a eu qu’à se baisser pour ramasser la pomme tombée de l’arbre. Vaincu, le groupe Lagardère rend les armes et s’apprête à disparaître, probablement démantelé en de multiples identités et propriétaires. Du moins ce qu’il en reste, car le groupe, fragilisé depuis une dizaine d’années, s’était délesté de la plupart de ses activités de médias, hormis le pôle édition d’Hachette.

Avec le recul, l’histoire immédiate se raconte simplement. C’est celle d’un berger acculé qui invite les loups dans sa bergerie. Il appelle Bolloré pour se défendre du fonds Amber, puis Bernard Arnault pour se protéger de Bolloré, et, en définitive, tous s’entendent pour croquer le troupeau.

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L’histoire longue est celle d’un double échec qui prend ses racines dans le courant des années 1970 sous l’égide de Jean-Luc Lagardère, le père d’Arnaud. Le patriarche voulait créer un géant des médias et asseoir une dynastie familiale, il n’aura obtenu ni l’un ni l’autre. En 1977, l’ambitieux Jean-Luc devient PDG de Matra, un équipementier aéronautique et automobile à succès. Il le transforme en conglomérat se diversifiant dans l’armement, la machine-outil, les transports, les télécoms, l’horlogerie, l’électronique et les médias, avec l’acquisition d’Europe 1 et d’Hachette.

Longue errance dans le paysage médiatique français

Boulimique et audacieux, l’entrepreneur achète, vend, tombe et se relève avec une telle aisance qu’on le surnomme « l’acrobate ». Candidat malheureux à la privatisation de la Une (TF1), il s’offre la Cinq, première chaîne privée française, détenue par le groupe Hersant, mais ne parvient pas à la redresser. Sa faillite engloutit les fonds propres du groupe. Pour sauver son empire, Jean-Luc crée alors une société en commandite qui lui permet de contrôler le groupe avec moins de 15 % du capital, et nomme son fils comme unique successeur. Avec deux flotteurs pour le maintenir à la surface, l’armement d’un côté, qui lui donne un poids politique fort, et Hachette, qui prend une dimension mondiale grâce à son offensive américaine.

Le décès brutal de Jean-Luc Lagardère, en 2003, conduira au retrait progressif des activités militaires et des transports au profit d’un recentrage sur les médias

La suite s’écrit comme une longue errance dans le paysage médiatique français, volant de succès en échecs avec constance. Développement dans la télévision (une dizaine de chaînes), dans l’Internet, avec Club Internet, puis des sites à succès, dans le sport, dans la presse (plus de cent titres dans le monde). Le décès brutal de Jean-Luc, en 2003, conduira au retrait progressif des activités militaires et des transports au profit d’un recentrage sur les médias.

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