Jean-Michel Othoniel réenchante le Petit Palais

« Nœuds miroirs » (2021), de Jean-Michel Othoniel.

La rivière aux mille briques de verre bleu qui dégringole en vibrante cascade sur le perron du Petit Palais se mue en un délicat tapis cristallin pour une montée des marches vers la monumentale grille dorée de la porte d’entrée. Même si Jean-Michel Othoniel voulait « éviter un effet waouh », le regard est attrapé par cette vision, qui se veut une invitation à la contemplation depuis la rue, de jour comme de nuit, entre matière et imaginaire.

Pour sa première grande exposition personnelle à Paris depuis la rétrospective que lui avait consacrée le Centre Pompidou il y a dix ans, l’artiste a eu cette fois carte blanche dans l’ensemble du Musée des beaux-arts parisien. C’est une première dans l’institution, qui invite depuis quelques années des artistes contemporains – Andres Serrano, Valérie Jouve, Kehinde Wiley ou Yan Pei-Ming – à intervenir au sein de ses collections permanentes. Le fait que la programmation hors les murs de la FIAC ne déborde pas dans le Petit Palais cette année, travaux du Grand Palais oblige, n’est certainement pas étranger à ce parti pris d’une proposition forte qui est aussi la dernière du directeur des lieux, Christophe Leribault, tout juste parti à la présidence du Musée d’Orsay.

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Jean-Michel Othoniel, qui à 57 ans vient tout juste de de prendre l’habit d’académicien, a donc infiltré tous les espaces hors des collections avec un parcours jouant avec ce joyau architectural édifié par Charles Girault pour l’Exposition universelle de 1900. Le Petit Palais est ainsi, pour lui, la « pièce maîtresse » de l’installation. « J’ai toujours aimé travailler avec l’architecture. Celle-ci est spectaculaire car le bâtiment a été fait pour enchanter », souligne l’artiste.

Un « homme-fleur, cosmique »

Il déploie ici une installation au titre énigmatique, « Le Théorème de Narcisse », qu’il place sous le double signe de l’enchantement et de la théorie des reflets. Cette approche méconnue de son travail a été développée depuis plusieurs années avec la complicité d’un mathématicien. La déambulation est un parcours à travers les différents espaces, avec l’eau pour fil rouge, du seuil onirique de la cascade en façade au lac imaginaire du sous-sol, en passant par les bassins du jardin intérieur.

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De Narcisse, il n’a gardé que la référence au reflet, ou l’idée plus abstraite d’un « homme-fleur, cosmique qui, en se reflétant lui-même, reflète le monde autour de lui ». Se découvre d’abord, tout autour du péristyle en demi-cercle du jardin central, une enfilade de grands nœuds de perles en Inox poli. Chaque perle est un miroir circulaire qui reflète l’environnement : l’espace (jusqu’aux plafonds peints, qu’on ne remarque jamais), le jardin et les visiteurs eux-mêmes.

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