Jean-Paul Belmondo et le théâtre, une rencontre sur le tard

Retenons le meilleur : Jean-Paul Belmondo joue son dernier grand rôle, dans Frédérick ou le boulevard du crime, d’Eric-Emmanuel Schmitt, au Théâtre Marigny, en 1998. Les décors tournants, la mise en scène de Bernard Murat, les jeux de lumière, tout est exagéré dans ce spectacle taillé sur mesure pour le comédien, qui fait ce qu’il pense séduire le public : il mouline à tour de bras dans ses chemises à poignets mousquetaires, il tombe dans une trappe pour reparaître dans une malle, il envoie des œillades à la salle. Mais il arrive aussi qu’il s’empare de vers de Bérénice ou de La Cigale et la Fourmi. Et alors, tout change, devient fin, subtil – du grand art. Combien de temps cela dure-t-il ? Quelques instants, pendant lesquels on voit Belmondo tel qu’il aurait pu être, et qu’il a sans doute rêvé d’être, à ses débuts.

Ce sont ces instants dont on se souvient, aujourd’hui. Ils rendent heureux – parce qu’on les a vus – et rageur – parce qu’ils témoignent des rendez-vous ratés du comédien avec le théâtre, qui fut le socle sur lequel il s’est bâti. Car c’est au théâtre que Belmondo pensait quand il est sorti du Conservatoire. La légende retient que ses amis l’ont porté en triomphe à l’issue du concours où il n’avait reçu qu’un accessit, qu’il avait d’ailleurs salué d’un bras d’honneur au jury. Mais pour lui, ce fut une humiliation : il n’a pas obtenu de prix, « la seule récompense que j’aurais vraiment désiré avoir dans la vie », a-t-il avoué, plus tard. Et ce, d’autant plus qu’un prix était à l’époque un sésame pour entrer à la Comédie-Française.

« Vous feriez hurler de rire une salle si vous preniez une femme dans vos bras », lui a dit Pierre Dux, son professeur au Conservatoire

Là aussi, Belmondo a vécu une humiliation. Il rêvait d’appartenir à la troupe, et cela lui fut refusé. Son physique ne correspondait pas aux normes de beauté de l’époque (Georges Descrières ou Jean Piat), et lui a valu, de la part de Pierre Dux, son professeur au Conservatoire, une remarque qui lui est restée en travers de la gorge : « Vous feriez hurler de rire une salle si vous preniez une femme dans vos bras. » Le jeune comédien foule bien le plateau de la Comédie-Française, mais comme stagiaire, à l’arrière-plan, où il s’amuse à semer la zizanie, avec son copain Jean-Pierre Marielle. Au premier plan, des stars théâtrales de l’époque, les Robert Hirsch ou Jacques Charron, dont Jean-Paul Belmondo voudrait être l’égal.

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Quelques grands bonheurs

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