Jean-Paul Belmondo : « Je pensais que le cinéma ne durerait pas pour moi »

Jean Paul Belmondo, entouré de Jean Gabin et Michel Audiard sur le plateau du film « Un singe en hiver », de Henri Verneuil, en 1962.

[Nous republions des extraits d’un entretien paru dans Le Monde du 18 octobre 1984 avec l’acteur Jean-Paul Belmondo, mort le 6 septembre 2021, à 88 ans.]

La rencontre avec Jean-Luc Godard

« Un jour je rencontre Godard, rue Saint-Benoît. Il m’offre de tourner dans un court-métrage, Charlotte et son Jules. Content du résultat, il me promet que j’aurai le rôle principal du premier long-métrage qu’il tournera. A vrai dire, je n’y croyais pas beaucoup. Je jouais Trésor Party au théâtre, sans savoir, alors, que ce serait ma dernière pièce. J’ai été rappelé en Algérie. Godard m’a écrit une lettre très gentille. (…)

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C’est vrai qu’A bout de souffle m’a lancé du jour au lendemain. Pourtant, je pensais que le cinéma ne durerait pas pour moi. Pendant le tournage, personne ne s’était rendu compte de ce qui allait se passer. C’était un jeu, on s’amusait bien. Godard improvisait, il disait des phrases qu’il replaçait ensuite dans le film. On voyait les rushes sans le son. Godard aimait les acteurs, il les servait bien – en tout cas, je n’ai pas eu à me plaindre. Mais, intimement, j’étais persuadé que ce film ne sortirait jamais. Alors, en mai 1960, le succès, l’événement, quelle surprise ! Il y a eu toute une folie là-dessus. Je me suis réveillé vedette, sans avoir, pour autant, l’impression de porter un nouveau cinéma sur mes épaules. Je ne me suis pas dit : “Ça y est” et je n’ai pas orienté ma carrière au cinéma. Non, c’est venu tout seul, et dans le bon sens. » 

Mes tournages avec Jean-Pierre Melville

« Je décidais selon mon instinct. Tenez, mes films avec Jean-Pierre Melville. Lui, à part Bob le flambeur, je ne savais pas ce qu’il avait réalisé. Il est venu sur un tournage me proposer le rôle du curé dans Léon Morin prêtre. Moi en soutane ! J’ai d’abord dit non. Melville a insisté : “Venez à Paris, en soutane, dans mon bureau. On décidera.” J’ai subi l’examen de passage et j’ai été reçu. Je garde de Melville un souvenir drôle et mitigé. J’ai encore tourné avec lui Le Doulos, que j’aime beaucoup, puis L’Aîné des Ferchaux, mais nos rapports se sont gâtés. C’est oublié. »

La rencontre avec Jean Gabin

« A cette époque-là, je n’arrêtais pas : trois ou quatre films par an ; et, malgré l’image que m’avait donnée Godard, on me reprochait de passer d’Une femme est une femme à Un singe en hiver, d’Henri Verneuil. Un film de Verneuil, c’était un autre travail, une production très structurée, sans rien des méthodes artisanales de Godard et Georges de Beauregard. Un singe en hiver a été ma rencontre avec Gabin. Je l’avais vu dans tous ses films. Je me suis très bien entendu avec lui. On ne se quittait plus. C’était un homme et un acteur formidables. Au cinéma, il avait le même ton qu’à la ville. Un ton naturel sans faire du naturel. »

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